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« […] j’ai un plaisir fou à commettre des insanités avec mon crayon » – Friedrich Dürrenmatt caricaturiste (version française)
Date de parution
2020
In
Friedrich Dürrenmatt : caricatures = Karikaturen
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49
A la page
78
Revu par les pairs
true
Résumé
Dans l’œuvre graphique de Dürrenmatt, la caricature est le genre le plus abondant. Cela tient non seulement à la prédilection qu’il lui témoignait, mais aussi à la rapidité et à la spontanéité que lui permettait cette forme d’art : à la différence de ses dessins à thèmes bibliques ou mythologiques, souvent élaborés jusque dans les moindres détails et sans cesse remaniés, beaucoup de ses caricatures ne sont faites que de quelques lignes jetées sur le papier. Son talent de dessinateur se révèle dans cette capacité à tracer un type de personnage en peu de traits mais avec une grande précision. La silhouette du Suisse furieux lançant une bombe atomique ne se compose que de huit lignes que complètent deux cercles pointés marquant les yeux et huit petits traits pour la moustache [p. 60]. Cette manière d’esquisser des personnages avec un petit nombre de lignes continues évoque Saul Steinberg, dont Dürrenmatt, dans son essai de 1979 sur Ungerer, a rappelé l’importance pour l’histoire de la caricature : « Nul n’échappe à des influences. Ungerer est difficilement concevable sans ce dessinateur de notre époque que je tiens pour un artiste de plus grande valeur que Picasso, Saul Steinberg. »
Notes
Friedrich Dürrenmatt : caricatures = Karikaturen (Cahier n° 24 du Centre Dürrenmatt Neuchâtel) a accompagné deux expositions sur Friedrich Dürrenmatt et la caricature. Pour plus d’information sur le sujet, voir : https://www.youtube.com/watch?v=vly_zDG935I
Titre alternatif
«[…] ich treibe auch mit dem Stift furchtbar gern Unsinn […]» – Friedrich Dürrenmatt als Karikaturist (version allemande)
Identifiants
Type de publication
book part
Dossier(s) à télécharger main article: Centre Dürrenmatt Neuchâtel cahier n° 24.pdf (2.8 MB)
L’exposition ‘Friedrich Dürrenmatt – Caricatures’ est présentée au Kurpfälzische Museum Heidelberg (du 18 octobre 2020 au 7 février 2021) et au Centre Dürrenmatt Neuchâtel (15 janvier au 15 mai 2022) à l’occasion du centenaire de la naissance de cet écrivain et artiste suisse. Ces dernières années, les deux institutions ont accordé une attention particulière à la caricature. Le Centre Dürrenmatt Neuchâtel (CDN) a monté en 2009 l’exposition Caricatures : Sempé, Bosc, Chaval, Ungerer, trois ans plus tard les Aphorismes dessinés – Caricatures et dessins de Friedrich Dürrenmatt, et peu après des œuvres du caricaturiste Jules Stauber (1920–2008), natif de Montreux. Le Kurpfälzische Museum Heidelberg a exposé en 2001 et 2012 des dessins de la caricaturiste allemande Marie Marcks (1922–2014). Ce musée possède en outre une collection complète d’affiches du graphiste, caricaturiste et juriste Klaus Staeck (né en 1938). Une exposition de ce dernier, ‘Nichts ist erledigt’, a été présentée à Heidelberg en 2012, suivie en 2014 d’une exposition de la créatrice de bandes dessinées Franziska Becker (née en 1949), Frischzellenkur. Zeichnungen und Karikaturen. La caricature constitue l’ensemble thématique le plus volumineux de l’œuvre graphique de Dürrenmatt. Cela s’explique non seulement par sa prédilection pour ce genre, mais aussi par la vivacité et la spontanéité que lui permettait cette forme d’art. La caricature était pour lui une arme qu’il pointait sciemment contre les abus et les vices de la société et de la politique. Une semaine avant son décès, en décembre 1990, il déclarait dans une interview : « Le fossé entre, d’une part, la manière dont l’homme vit et, d’autre part, la manière dont, au fond, il pourrait vivre, devient toujours plus ridicule. Nous vivons à l’ère du grotesque et de la caricature. »