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    L'action humaine et le contraste "de plein gré" (hekôn) / "malgré soi" (akôn) chez Platon entre "Protagoras" et "République"
    (Neuchâtel, 2020)
    Quand on s’intéresse à l’action humaine en général, à la différence que par leur action les humains font dans le cours des choses, on trouve une relation entre une cause et des effets. L’initiative que prend l’agent est comme une cause, les suites de l’initiative dans le cours des choses comme les effets. Cette relation cause-effets présente cependant la particularité qu’il faut distinguer parmi les effets ceux qui sont « faits exprès » par l’agent et ceux qui ne le sont pas. Les Grecs disaient à propos des premiers que l’agent est "hekôn", qu’il agit envers eux de son plein gré, et à propos des seconds que l’agent est "akôn", qu’il agit envers eux malgré soi. Cette opposition a des conséquences sur le plan de la responsabilité de l’agent pour les suites de son action : en principe, quand on n’a pas « fait exprès », on n’est pas tenu responsable. Le philosophe optimiste Socrate a soutenu que dans ce que l’agent « fait exprès », il se tourne toujours vers le bien, vers le bien tel qu’il le comprend, donc vers quelque bien qu’il identifie comme tel. De manière complémentaire, lorsque l’agent fait le mal, il « ne fait pas exprès ». D’où la fameuse maxime socratique « Nul ne fait le mal de son plein gré » ("oudeis hekôn hamartanei"). Dans son oeuvre, Platon a investigué ces questions et cherché à en rendre compte de manière analytique. Notre recherche propose de réexaminer le contraste « de plein gré » ("hekôn") / « malgré soi » ("akôn") dans le "Protagoras" d’abord, puis dans la "République". La question fondamentale à laquelle il fallait répondre, en vue de comprendre le sens de "hekôn" et "akôn", était de savoir par quel ressort l’agent qui fait le bien agit de son plein gré, selon les schémas de l’action à la fois distincts et complémentaires observés dans le "Protagoras" et dans la "République". Nos travaux démontrent que la science, dans une âme qui est unifiée comme dans le "Protagoras", et l’ordonnancement des trois principes de l’âme sous l’autorité de la raison, que Platon appelle « justice » dans la "République", sont les ressorts qui poussent l’agent à bien agir. Si l’agent sait ce qui est meilleur, il fait le bien de son plein gré, donc sciemment, selon le "Protagoras". Si l’agent sait ce qui est meilleur et fait preuve de maîtrise de soi face à sa colère et à son appétit, il fait le bien de son plein gré, donc par la justice intérieure qui dirige son âme, selon la "République". On pourrait ainsi dire que « Nul ne fait le mal sciemment », selon le "Protagoras", ou, selon la "République", que « Nul ne fait le mal sans une contrainte intérieure ». Cette analyse différentielle comporte de profondes résonances dans tous les domaines de la philosophie : la psychologie, la théorie de la connaissance, la pédagogie, la politique. Abstract: When we are generally interested in human action, in the difference that by their action humans make in the course of things, we find a relation between a cause and effects. The initiative taken by the agent is like a cause, and the consequences of the initiative in the course of things are like the effects. The particularity of this cause-effect relationship, however, is that one must distinguish among the effects those that are « made on purpose » by the agent and those that are not. The Greeks said in relation to the former that the agent is hekôn, that he acts in relation to them willingly, and that in relation to others the agent is akôn, that in relation to them he acts unwillingly. This opposition has consequences in terms of the agent’s liability for the consequences of his action : in principle, when we have not « done it on purpose », we are not held responsible. The optimistic philosopher Socrates argued that in what the agent « does on purpose » he always turns to the good, to the good as he understands it, therefore to some good that he identifies as such. Complementarily, when the agent does wrong, he « is not doing it on purpose ». Hence the famous Socratic maxim « No one does wrong willingly » (oudeis hekôn hamartanei). In his work, Plato investigated these questions and he sought to account for them analytically. Our research proposes to reexamine the contrast « willingly » (hekôn) / « unwillingly » (akôn) in the Protagoras first, and then in the Republic. The fundamental question that had to be answered, in particular, in order to understand the meaning of hekôn and akôn, was to know by what spring the agent who does good acts willingly, according to both distinct and complementary patterns of action observed in the Protagoras and in the Republic. Our research has shown that science, in a soul that is unified as in the case of Protagoras, and the ordering of the three principles of the soul under the authority of reason, that Plato calls « justice » in the Republic, are the springs that push the agent to act well. If the agent knows what is best, he is doing good willingly, therefore knowingly, according to the Protagoras. If the agent knows what is best, and shows self-control in the face of his anger and his appetite, he is doing good willingly, therefore by internal justice that rules his soul, according to the Republic. We could thus say that « No one does wrong knowingly », according to the Protagoras, or according to the Republic, that « No one does wrong without an inner constraint ». This differential analysis has deep resonances in all areas of philosophy: psychology, theory of knowledge, pedagogy, politics.