Le bien-être des jeunes à travers la pandémie de Covid-19 en Suisse : Risques, résilience et enseignements pour les politiques publiques
Author(s)
Voorpostel, Marieke
FORS
Steinmetz, Stephanie
Eramus University Rotterdam, University of Amsterdam, University of Lausanne
Vandecasteele, Leen
European University Institute, Harvard University, University of Lausanne, University of Leuven, University of Manchester, University of Tübingen
Gondek, Dawid
FORS
Sommet, Nicolas
Clermont-Université, NCCR LIVES, Universidade Católica Portuguesa Católica-Lisbon, University of Essex, University of Lausanne, University of Michigan, University of North Carolina at Chapel Hill, University of Rochester, Université de Genève, Université de Lausanne, Université de Lausanne École des sciences criminelles
Date issued
July 23, 2026
Number of pages
73
Subjects
bien-être santé mentale jeunes covid-19 crises politiques
Abstract
La pandémie de Covid-19 a rendu encore plus urgente la nécessité de comprendre le bien-être et la santé mentale des jeunes en Suisse. Le projet « La génération Covid » – mené dans le cadre du Programme national de recherche PNR 80 – vise à approfondir les connaissances sur la manière dont les jeunes ont vécu la crise et l’ont surmontée, ainsi que sur la manière dont les politiques fédérales et cantonales y ont répondu.
1. Le bien-être des jeunes pendant la pandémie
Les résultats montrent que le bien-être des jeunes était déjà en baisse avant la crise de Covid-19. La pandémie a accentué ces tendances. Les émotions positives et la satisfaction à l’égard de la vie ont encore diminué. Les émotions négatives ont augmenté, temporairement, dans toutes les tranches d’âge, avec une hausse plus marquée chez les jeunes. Le stress a également augmenté pendant la pandémie, puis a partiellement reculé au cours des années suivantes, tandis que les symptômes psychosomatiques sont restés élevés jusqu’en 2022. Ces tendances reflètent probablement aussi bien les effets directs des restrictions liées à la pandémie que les défis plus généraux auxquels les jeunes ont été con- fronté·e·s, notamment les interruptions de scolarité, la réduction des interactions sociales, l’exposition en ligne et une incertitude accrue. Tou·te·s les jeunes n’ont pas été touché·e·s de la même manière. Les jeunes femmes ont connu une détérioration plus marquée et plus persistante de leur santé mentale. Parmi les femmes nées après 1997, la proportion de celles déclarant un niveau d’anxiété élevé a plus que doublé entre 2020 et 2024. Ces résultats reflètent probablement la plus grande dépendance des jeunes femmes vis-à-vis des relations sociales, leur exposition accrue à Internet et l’augmentation des tâches de soins non rémunérées pendant les confinements. Les jeunes NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation) ont connu une baisse nettement plus marquée de leur bien-être par rapport à leurs pairs étudiant·e·s ou employé·e·s, ce qui reflète un soutien structurel plus faible et un accès limité aux services. Les jeunes confronté·e·s à la pauvreté ou tombant dans la pauvreté pendant la pandémie ont connu une baisse plus importante de leur satisfaction à l’égard de la vie. Les enfants placé·e·s en institution ont présenté des problèmes de comportement intériorisés et extériorisés croissants à partir de 2020, avec un décalage notable entre les auto-évaluations des enfants et les évaluations des éducateur·rice·s ou référent·e·s – soulignant la nécessité d’interroger directement les jeunes.
Les contextes sociaux et environnementaux ont influencé les résultats en matière de bien-être. Le soutien émotionnel et pratique perçu a protégé les jeunes contre la baisse de leur bien-être. Des différences géographiques ont ainsi émergé : les jeunes de Suisse romande ont connu des baisses plus importantes, reflétant un impact régional plus fort lors de la deuxième vague de la pandémie. Les espaces verts, la faible densité de population et la bonne accessibilité aux services étaient associés à moins d’émotions négatives, tant pendant qu’avant la pandémie.
2. Réponses politiques pendant la pandémie
En Suisse, la politique en matière de santé mentale des jeunes est régie par un système de gouvernance complexe. Si le niveau fédéral fournit des orientations stratégiques, il ne dispose pas d’un mandat légal spécifique ni de ressources étendues pour coordonner et mettre en œuvre une politique nationale de santé mentale. La responsabilité principale incombe aux cantons, ce qui se traduit par une grande diversité d’approches, de priorités, de services et de capacités. Dans ce contexte, les politiques de santé mentale sont élaborées et mises en œuvre dans de multiples secteurs – couvrant la santé, l’éducation, la promotion de la jeunesse, la protection de l’enfance et la politique sociale – ce qui rend la coordination particulièrement difficile. Avant la pandémie de Covid-19, plusieurs initiatives témoignaient d’une prise de conscience croissante de l’importance de la santé mentale des jeunes. Cependant, ces efforts restaient d’une portée limitée et manquaient de dispositifs institutionnels pérennes et dotés d’un mandat formel. Au début de la pandémie, l’attention des responsables politiques s’est principalement portée sur la santé physique, négligeant de prime abord les répercussions psychosociales sur les jeunes. À la mi-2020, cependant, les données provenant des services psychiatriques, des lignes d’assistance téléphonique, des écoles et des organisations de jeunesse ont mis en évidence une augmentation rapide des préoccupations à ce sujet. Les appels lancés par les organisations spécialisées et les professionnel·le·s ont joué un rôle clé dans l’inscription de la santé mentale des jeunes à l’ordre du jour politique.
Aux niveaux fédéral et cantonal, les mesures ont principalement visé à maintenir, dans la mesure du possible, l’accès aux principaux lieux de vie des jeunes, en particulier les écoles et les centres socioculturels. Les autorités ont renforcé les structures de soutien existantes – telles que les programmes d’action cantonaux de Promotion Santé Suisse, la ligne d’assistance 147 de Pro Juventute et les services de conseil en ligne (ciao.ch) – plutôt que de développer de nouvelles initiatives. Les efforts en matière de suivi et de recherche ont également été intensifiés, bien qu’à un stade plus avancé de la pandémie.
Au niveau fédéral, les mesures ont principalement ciblé les déterminants structurels et matériels du bien-être, tels que la sécurité des revenus et l’accès aux parcours professionnels, notamment par l’extension des régimes de chômage partiel, des allocations d’urgence et la mise en place de la Task Force « Perspectives Apprentissage 2020 ». Les réponses cantonales, quant à elles, ont varié considérablement. Le canton de Vaud, notamment, a élaboré un plan d’action dédié à cette question, grâce à la mobilisation de ressources suffisantes, à une forte collaboration interdépartementale ainsi qu’à un engagement politique important. Parmi les contraintes communes figuraient des capacités financières et juridiques limitées – en particulier au niveau fédéral –, ainsi que des ressources inégales entre les cantons, contribuant ainsi à des disparités dans le soutien apporté. En outre, les acteur·ice·s de terrain ont été confronté·e·s à des défis opérationnels pour maintenir les services essentiels malgré les restrictions liées à la pandémie.
3. Recommandations
Les recommandations préconisent un cadre juridique et stratégique national cohérent afin de garantir des politiques de santé mentale des jeunes homogènes dans tous les cantons, soutenues par un financement stable à long terme. Elles soulignent en outre l’importance d’institutionnaliser une participation significative des jeunes, grâce à des mécanismes formels incluant les groupes vulnérables dans la conception et l’évaluation des politiques. Le renforcement des systèmes de données et de suivi est également essentiel, par le biais d’une collecte de données coordonnée, longitudinale et intersectionnelle.
Une coordination intersectorielle et une collaboration intercantonale renforcées sont nécessaires pour surmonter la fragmentation de la gouvernance. Garantir un financement durable et équitable, avec une répartition équilibrée des ressources entre les régions, constitue une autre priorité centrale. Il est essentiel de renforcer les capacités du système par la formation professionnelle et de développer des systèmes de réponse aux crises capables de se déployer rapidement. Le rapport recommande en outre des approches intégrées et adaptées au contexte local qui s’attaquent aux inégalités territoriales et accordent la priorité à la qualité et à la stabilité des réseaux de soutien social. Il préconise des politiques ciblées et intersectionnelles, incluant l’intégration systématique de la dimension de genre et des interventions sur mesure pour les groupes vulnérables tels que les jeunes femmes, les jeunes NEET et les personnes en situation de pauvreté.
1. Le bien-être des jeunes pendant la pandémie
Les résultats montrent que le bien-être des jeunes était déjà en baisse avant la crise de Covid-19. La pandémie a accentué ces tendances. Les émotions positives et la satisfaction à l’égard de la vie ont encore diminué. Les émotions négatives ont augmenté, temporairement, dans toutes les tranches d’âge, avec une hausse plus marquée chez les jeunes. Le stress a également augmenté pendant la pandémie, puis a partiellement reculé au cours des années suivantes, tandis que les symptômes psychosomatiques sont restés élevés jusqu’en 2022. Ces tendances reflètent probablement aussi bien les effets directs des restrictions liées à la pandémie que les défis plus généraux auxquels les jeunes ont été con- fronté·e·s, notamment les interruptions de scolarité, la réduction des interactions sociales, l’exposition en ligne et une incertitude accrue. Tou·te·s les jeunes n’ont pas été touché·e·s de la même manière. Les jeunes femmes ont connu une détérioration plus marquée et plus persistante de leur santé mentale. Parmi les femmes nées après 1997, la proportion de celles déclarant un niveau d’anxiété élevé a plus que doublé entre 2020 et 2024. Ces résultats reflètent probablement la plus grande dépendance des jeunes femmes vis-à-vis des relations sociales, leur exposition accrue à Internet et l’augmentation des tâches de soins non rémunérées pendant les confinements. Les jeunes NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation) ont connu une baisse nettement plus marquée de leur bien-être par rapport à leurs pairs étudiant·e·s ou employé·e·s, ce qui reflète un soutien structurel plus faible et un accès limité aux services. Les jeunes confronté·e·s à la pauvreté ou tombant dans la pauvreté pendant la pandémie ont connu une baisse plus importante de leur satisfaction à l’égard de la vie. Les enfants placé·e·s en institution ont présenté des problèmes de comportement intériorisés et extériorisés croissants à partir de 2020, avec un décalage notable entre les auto-évaluations des enfants et les évaluations des éducateur·rice·s ou référent·e·s – soulignant la nécessité d’interroger directement les jeunes.
Les contextes sociaux et environnementaux ont influencé les résultats en matière de bien-être. Le soutien émotionnel et pratique perçu a protégé les jeunes contre la baisse de leur bien-être. Des différences géographiques ont ainsi émergé : les jeunes de Suisse romande ont connu des baisses plus importantes, reflétant un impact régional plus fort lors de la deuxième vague de la pandémie. Les espaces verts, la faible densité de population et la bonne accessibilité aux services étaient associés à moins d’émotions négatives, tant pendant qu’avant la pandémie.
2. Réponses politiques pendant la pandémie
En Suisse, la politique en matière de santé mentale des jeunes est régie par un système de gouvernance complexe. Si le niveau fédéral fournit des orientations stratégiques, il ne dispose pas d’un mandat légal spécifique ni de ressources étendues pour coordonner et mettre en œuvre une politique nationale de santé mentale. La responsabilité principale incombe aux cantons, ce qui se traduit par une grande diversité d’approches, de priorités, de services et de capacités. Dans ce contexte, les politiques de santé mentale sont élaborées et mises en œuvre dans de multiples secteurs – couvrant la santé, l’éducation, la promotion de la jeunesse, la protection de l’enfance et la politique sociale – ce qui rend la coordination particulièrement difficile. Avant la pandémie de Covid-19, plusieurs initiatives témoignaient d’une prise de conscience croissante de l’importance de la santé mentale des jeunes. Cependant, ces efforts restaient d’une portée limitée et manquaient de dispositifs institutionnels pérennes et dotés d’un mandat formel. Au début de la pandémie, l’attention des responsables politiques s’est principalement portée sur la santé physique, négligeant de prime abord les répercussions psychosociales sur les jeunes. À la mi-2020, cependant, les données provenant des services psychiatriques, des lignes d’assistance téléphonique, des écoles et des organisations de jeunesse ont mis en évidence une augmentation rapide des préoccupations à ce sujet. Les appels lancés par les organisations spécialisées et les professionnel·le·s ont joué un rôle clé dans l’inscription de la santé mentale des jeunes à l’ordre du jour politique.
Aux niveaux fédéral et cantonal, les mesures ont principalement visé à maintenir, dans la mesure du possible, l’accès aux principaux lieux de vie des jeunes, en particulier les écoles et les centres socioculturels. Les autorités ont renforcé les structures de soutien existantes – telles que les programmes d’action cantonaux de Promotion Santé Suisse, la ligne d’assistance 147 de Pro Juventute et les services de conseil en ligne (ciao.ch) – plutôt que de développer de nouvelles initiatives. Les efforts en matière de suivi et de recherche ont également été intensifiés, bien qu’à un stade plus avancé de la pandémie.
Au niveau fédéral, les mesures ont principalement ciblé les déterminants structurels et matériels du bien-être, tels que la sécurité des revenus et l’accès aux parcours professionnels, notamment par l’extension des régimes de chômage partiel, des allocations d’urgence et la mise en place de la Task Force « Perspectives Apprentissage 2020 ». Les réponses cantonales, quant à elles, ont varié considérablement. Le canton de Vaud, notamment, a élaboré un plan d’action dédié à cette question, grâce à la mobilisation de ressources suffisantes, à une forte collaboration interdépartementale ainsi qu’à un engagement politique important. Parmi les contraintes communes figuraient des capacités financières et juridiques limitées – en particulier au niveau fédéral –, ainsi que des ressources inégales entre les cantons, contribuant ainsi à des disparités dans le soutien apporté. En outre, les acteur·ice·s de terrain ont été confronté·e·s à des défis opérationnels pour maintenir les services essentiels malgré les restrictions liées à la pandémie.
3. Recommandations
Les recommandations préconisent un cadre juridique et stratégique national cohérent afin de garantir des politiques de santé mentale des jeunes homogènes dans tous les cantons, soutenues par un financement stable à long terme. Elles soulignent en outre l’importance d’institutionnaliser une participation significative des jeunes, grâce à des mécanismes formels incluant les groupes vulnérables dans la conception et l’évaluation des politiques. Le renforcement des systèmes de données et de suivi est également essentiel, par le biais d’une collecte de données coordonnée, longitudinale et intersectionnelle.
Une coordination intersectorielle et une collaboration intercantonale renforcées sont nécessaires pour surmonter la fragmentation de la gouvernance. Garantir un financement durable et équitable, avec une répartition équilibrée des ressources entre les régions, constitue une autre priorité centrale. Il est essentiel de renforcer les capacités du système par la formation professionnelle et de développer des systèmes de réponse aux crises capables de se déployer rapidement. Le rapport recommande en outre des approches intégrées et adaptées au contexte local qui s’attaquent aux inégalités territoriales et accordent la priorité à la qualité et à la stabilité des réseaux de soutien social. Il préconise des politiques ciblées et intersectionnelles, incluant l’intégration systématique de la dimension de genre et des interventions sur mesure pour les groupes vulnérables tels que les jeunes femmes, les jeunes NEET et les personnes en situation de pauvreté.
Alternative title
Das Wohlbefinden von Jugendlichen während der Covid-19-Pandemie in der Schweiz: Risiken, Resilienz und politische Lehren
Publication type
report
