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    Aux marges du roman: théoriser le genre au XVIIIe siècle
    (Neuchâtel, 2021)
    Ce travail est consacré à la saisie d’un objet rarement étudié jusqu’alors, à savoir la théorie du roman dans l’espace francophone entre 1670 et 1800. Nous montrons qu’elle se développe aux marges du roman, dans un ensemble hétérogène de textes : les préfaces spéculatives, les traités, les comptes rendus journalistiques, les volumes de mélanges littéraires, les articles de dictionnaire, etc. Contrairement à ce qui a pu être affirmé à maintes reprises, cette théorie réussit à donner des cadres d’intelligibilité pertinents à la production romanesque. Dans les discours sur le roman, nous avons dégagé quatre lignes de force, que nous appelons des « constellations théoriques ». La première, dite analogique, examine le roman à la croisée des genres ou le refus de ce croisement. L’interrogation tourne autour des modèles génériques qui permettent de donner au roman une place au sein du système de la littérature. La seconde, dite historique, opère une plongée dans l’écriture de l’histoire du roman depuis le Traité de l’origine des romans (1670) de Huet. La troisième, dite heuristique, explicite les conceptualisations qui confèrent au roman le pouvoir d’explorer les replis de l’intériorité humaine. La dernière, dite pragmatique, s’intéresse aux théories qui décrivent les effets du roman sur les lecteurs, en particulier ses effets salutaires. De Gueudeville à Rousseau en passant par Prévost, de Huet à Sade en passant par Marmontel, de Fontenelle à Staël en passant par Marivaux, de Valincour à Chaillet en passant par Lenglet-Dufresnoy, nous cheminons entre les auteurs majeurs et mineurs afin de dégager des systématicités. Durant la période étudiée (1670-1800), nous observons que les théories donnent au roman une existence conceptuelle de plus en plus saillante grâce à une attention toute particulière à l’origine, à la matière ou encore à la fonction de la fiction romanesque. Dans l’ensemble, la théorie du roman du XVIIIe siècle ne se résume pas à être la chambre d’écho du roman, ni même de la pensée littéraire. Elle a des rythmes, des triomphes, des obsessions et des aveuglements qui lui sont propres. Souvent aux marges du cadre de la poétique classique, des approches flexibles invitent à penser le genre non selon un ensemble de traits fixes, mais comme une famille empirique, dynamique, traversée par un certain nombre de crises qui encouragent l’ouverture du regard vers l’avenir. Abstract: This work seeks to encapsulate a theme barely studied to date: the theory of the novel in the French-speaking world between 1670 and 1800. We show that this theory develops at the edges of the novel, in a heterogeneous set of texts: speculative prefaces, treatises, journalistic reports, mixed literary volumes, dictionary articles, etc. Despite repeated assertions to the contrary, this theory successfully provides frameworks of intelligibility relevant to the production of novels. In discourses about the novel, four strands can be identified: these, we call “theoretical constellations”. The first — analogue — examines the novel at the crossroads of genres, or in defiance of such a crossroads, with the analysis focusing on the generic models which place the novel within the system of literature. The second — historical — drills down into the writing of the history of the novel following Huet’s Traité de l’origine des romans (1670). The third — heuristic — lays out the conceptualisations which empower the novel to explore the recesses of human interiority. The final — pragmatic — studies the theories which describe the effects of the novel on readers, and the positive effects in particular. From Gueudeville to Rousseau via Prévost, from Huet to Sade via Marmontel, from Fontenelle to Staël via Marivaux, and from Valincour to Chaillet via Lenglet-Dufresnoy, we roam between major and minor authors to uncover systematicities. In the period studied (1670-1800), we observe that the theories lend the novel an increasingly salient conceptual existence, by way of the particular attention paid to the origin, matter or indeed function of the novel. Overall, the theory of the 18th Century novel goes far beyond a simple echo chamber of the novel, or even of literary thought. It has its own unique rhythms, triumphs, obsessions, and blind spots. While frequently at the margins of the framework of classical poetics, flexible approaches invite us to consider the genre not according to a set of fixed features, but as an empirical, dynamic family, intersected by a number of crises which encourage the theorists to look out towards its future.