CONGRUENCES POUR QUELQUES SUITES CLASSIQUES DE NOMBRES; SOMMES DE FACTORIELLES ET CALCUL OMBRAL THESE présentée à la faculté des sciences, pour obtenir le grade de docteur es sciences, par Anne Gertsch Hamadene UNIVERSITE DE NEUCHATEL Institut de mathématiques Rue Emile-Argand 11 Case postale 2 CH-2007 NEUCHATEL (Suisse) IMPRIMATUR POUR LATHESE Congruences pour quelques suites classiques de nombres; sommes de factorielles et calcul ombrai de Mme Anne Gertsch Hamadene UNIVERSITÉ DE NEUCHATEL FACULTÉ DES SCIENCES La Faculté des sciences de l'Université de Neuchatel sur le rapport des membres du jury, MM. A. Robert (directeur de thèse), U. Suter, et L. van Hamme (Vrije Uni. Bruxelles) autorise l'impression de la présente thèse. Neuchatel, le 18 février 1999 Le doyen: F. Stoeckli Avant-propos Le présent travail de thèse est constitué du texte ci-après ainsi que des deux articles [7] et [8]. Dans l'article [7], nous avons démontré de nouvelles propriétés de congruence pour les nombres et les polynômes de Bell, et ce en utilisant des méthodes originales de calcul ombrai. Dans l'article [8], il est démontré plusieurs propriétés de divisibilité des nombres harmoniques généralisés conjecturées par Y. Matiyasevich. Les 6 premiers paragraphes du texte ci-après constituent une étude di- versifiée de problèmes liés à des sommes de factorielles. Le paragraphe 1 énonce les deux conjectures qui ont motivé ce travail, à savoir l'irrationnalité de la somme (infinie) des factorielles en analyse p- adique et l'hypothèse de Kurepa concernant les sommes finies de factorielles. On rappelle ensuite quelques définitions et propriétés du système des po- lynômes de Pochhammer ainsi que des nombres de Stirling de première et de deuxième espèce. Le paragraphe 2 introduit une fonction génératrice qui, tantôt sous la forme d'une série de Mahler, tantôt sous celle d'une série de puissances, permet d'exprimer les problèmes de sommes de factorielles liés aux deux conjectures du paragraphe 1. D'autre part, l'hypothèse de Kurepa est mise en relation avec l'analyse combinatoire : le nombre de permutations sans point fixe des éléments d'un ensemble fournit un énoncé équivalent à l'hypothèse de Kurepa. Dans le paragraphe 3, on démontre des congruences fortes mettant en relation les nombres de Stirling de première espèce avec ceux de deuxième espèce. Les congruences du paragraphe 3 permettent de construire un lien entre des sommes partielles (finies) de factorielles et les polynômes de Bell; en particulier, un énoncé reliant l'hypothèse de Kurepa aux nombres de Bell constitue le point fort du paragraphe 4. Le paragraphe 5 reprend, éclaire et améliore certains résultats de B. Dra- govich ([5], [6]) à propos de formules qui font intervenir des sommes, finies ou infinies, de factorielles. Au paragraphe 6, des méthodes de calcul ombrai permettent en particulier d'améliorer un résultat de B. Dragovich, Enfin, le paragraphe 7 consiste en une généralisation des congruences fortes pour les nombres de Bell qui se trouvent dans [7]. Cette généralisation î s'applique aux polynômes de Bell-Carlitz, à savoir à la généralisation de L. Carlitz des nombres de Bell. Les méthodes utilisées sont analogues à celles de [7]. Je tiens à remercier chaleureusement toutes les personnes qui m'ont aidée à mener à bien ce travail. Mes remerciements vont en priorité à mon directeur de thèse, Monsieur Alain Robert, qui m'a sans cesse encouragée au cours de ces quatre années. A de nombreuses reprises, j'ai bénéficié de ses exposés, tous plus intéressants les uns que les autres. Il m'a en outre fait partager son goût pour les rai- sonnements mathématiques clairs et astucieux. Son enthousiasme et sa dis- ponibilité de chaque instant m'ont permis de travailler dans des conditions optimales. Je remercie sincèrement Messieurs Ulrich Suter et Lucien van Hamme qui ont accepté de faire partie de mon jury de thèse. Je remercie aussi Messieurs Maxime Zuber et Christian Vonlanthen qui m'ont beaucoup encouragée et orientée au début de mon travail, ainsi que les collègues - et néanmoins amis - qui se sont succédés dans mon bureau, à savoir Paul-André Garessus, Valérie Schüren, Eva Schlaepfer et Alexandre Junod. us m'ont été d'un grand soutien, aussi bien mathématique que psychologique. Mes remerciements vont également à mon mari Slimane Hamadene ainsi qu'à toute ma famille, qui, toujours présents, m'ont encouragée lors des bons et des mauvais moments de ces quatre années... Pour terminer, je remercie tous les professeurs et les assistants de l'institut de mathématiques qui, à plusieurs reprises, m'ont soutenue et conseillée dans mon travail. Ils m'ont habituée à. une ambiance de travail chaleureuse et sympathique. ii Table des matières 1 Introduction 3 1.1 Deux conjectures......................... 3 1.2 Polynômes de Pochhammer et nombres de Stirling....... 4 2 Une fonction génératrice 4 2.1 Série de Mahler.......................... 4 2.2 Analyse combinatoire....................... 5 2.3 Série de puissances........................ 7 2.4 Tronquées de /.......................... 9 3 Congruences fortes pour les nombres de Stirling Il 4 Polynômes et nombres de Bell 16 5 Sommes de factonelles selon B. Dragovich 18 5.1 Sommes infinies.......................... 18 5.2 Sommes finies........................... 23 6 Calcul ombrai 26 6.1 Une autre application....................... 27 7 Polynômes de Bell-Carlitz 29 7.1 Quelques congruences polynomiales............... 29 7.2 Calcul ombrai........................... 30 7.3 Les polynômes de Bell-Carlitz.................. 33 1 1 Introduction Pour un nombre premier P1 on désigne par Zp l'anneau des entiers p-adiques, par Qp le corps des nombres p-adiques, complété de Q pour la valeur absolue p-adique usuelle |.|p (normalisée par |p|p = 1/p), et enfin par Cp le complété de la clôture algébrique de Qp. 1.1 Deux conjectures La motivation de ce travail est basée sur les conjectures ci-après. Conjecture 1.1.- La somme n>0 convergente dans Qp, est un nombre irrationnel (i.e. S € Qps Q). Plus fort : S est un nombre transcendant. Conjecture 1.2 (hypothèse de Kurepa).- Soit p un nombre premier impair; alors la somme /cp= £ n! 0 3 ; en d'autres termes, kp = 2 mod 4 pour p > 3. Exprimons quelques valeurs de kp modulo p. P 2 3 5 7 11 13 17 19 23 29 31 37 41 43 47 kp mod p 0 1 4 6 1 10 13 9 21 17 2 5 4 1$ 18 A priori il est étrange que l'on ne puisse rien dire de ces sommes alors que 53„>o n-n\ est. bien connue : elle vaut —1 dans Z„ ! Une approche naïve du problème consiste à considérer un diviseur premier q > 2 de «p. Si q = p, alors l'hypothèse de Kurepa est fausse. Si q < p, alors q divise n! pour n: q < n < p — 1, donc q divise ]Co 2 un diviseur premier de kp; alors q > p". 3 1.2 Polynômes de Pochhammer et nombres de Stirling On considère le système de polynômes de Pochhammer {(x)n}n>o défini par (x)0 = 1 et (xJn = x(x - 1)... (x - n + 1) = n\(*n) (n > 1). Le degré de (z)n vaut n et ces polynômes forment donc une base de Q[x). PROPOSITION l.l.- Pour y > Ì et p un nombre premier impair, on a la congruence de Bauer généralisée [7] (x)p* = {xp-xfl modp"Zp[x] (1). Pour p =s 2, la même congruence est valable modulo 2""1Zj[X]. Les nombres de Stirling de première espèce m (n,k > 0) sont les entiers positifs définis par la formule m. = E f"l (-1) n k 0 0) sont les entiers positifs définis par la formule Ils vérifient la relation de récurrence ¦=E{2}w. w- (THH+^1) (5)- 2 Une fonction génératrice 2.1 Série de Mahler On considère le développement formel 1-«+.*(*-1)-¦*(* ^ !)(* - 2) ±... = J3(-1)"(*)B, 4 qui s'écrit aussi §<-"-¦<:)¦ Puisque les coefficients Cn = (—l)nn! tendent p-adiquement vers 0, il s'agit d'une d'une série de Mahler dans Zp et cette série définit une fonction continue Zp. L'évaluation en x = — 1 donne n>0 On voit aisément que / vérifie la relation . /(X) = I-XZ(I-I), relation dont on tire les valeurs particulières n ... -3 -2 -1 0 1 2 3 4 5 6 ... /(») ... 5/2 - 1 5-1 S 1 0 1 -2 9 -44 265 ... En particulier, si S est irrationnelle (resp, transcendante), alors /(—n) l'est aussi pour tout n € N. 2.2 Analyse combinatoire Considérons le groupe Sn des permutations de l'ensemble {1,2,..., n} ; soit Dn le nombre de permutations sans point fixe de {1,2,..., n} ; ces permuta- tions sont parfois appelées "dérangements" de {1,2,..., n}. On connaît les formules [26] Dn = {n- I)[Dn-! + Dn^2) {Do = 1, D1 = 0), Dn = nDn-!+(-l)n (D0 = I). et de manière explicite Dn = (n)» - (n)B_! + (n)n_2 * ... = £ ^(-I)V Remarque^.- 1) Les formules de récurrence présentent des analogies avec celles qui définissent la factorielle. En effet, on a n! = (n - l)[(n - 1)! + (n - 2)!] (0! = 1,1! = 1) et n! = n(n - 1)! (0! = 1). 2) Le nombre Dn est l'entier le plus proche de — =-----------. e e Reprenons notre fonction /M = D-1J4W*- Pour x = n 6 N, on obtient /w = D-i)*(»)* = (-1)" E (-0^(H)4 = (-I)-Dn. k>0 0;= J^ ta.-. On obtient donc Dn=n!- £a<= X) (i-l)o( Kt 1, O < k < p"-1 et j € N. 7 PREUVE.- Pour p > 2 (le cas p = 2 se traite de manière analogue), on tire des relations (1) et (2) (voir 1.2) ^-V-1-!)'"-1= £ M (-if-kxk mod /ZJx]. Dans le membre de gauche, la première puissance de x apparaissant est xv" , ce qui implique que = 0 mod pv {0 I1 0 < k < p""1, j e N), k et ce grâce à la formule de récurrence (3) (voir 1.2) appliquée à n = p" + i et à k < jf-1. D COROLLAIRE 2.2.- Pour tout k > 0, la suite ( \mîk\) converge vers 0 dans Zp lorsque m —> oo. On peut donc définir m>0 L J (car Zp est complet) pour tout k > 0. PREUVE.- Soit k € N fixé et v > 1 tel que p"-1 > fc; alors, pour tout pi>u etm> p*1, on a ["fi-M-0"-* et on en déduit la convergence de *"£ vers 0. G Grâce à la formule (2) (voir 1.2) et au corollaire 2.2, la fonction / s'écrit maintenant en série de puissances /w = E E [;1 (-i)'** - 5>** n>0 0k m>0 L *>0 m + k k 8 COROLLAIRE 2.3.- La fonction f est localement analytique; elle est analy- tique dans toute boule stricte B 0, f(x) est analytique dans la boule B0 Jt>0 n>Jt n>0 c'est la somme (par colonnes) de tous les nombres de Stirling de première espèce! Or, sachant que "JM = n!, on a aussi * = !> = £ «>0 n>0 L ce qui correspond à la somme des éléments d'une colonne du tableau des nombres de Stirling de première espèce ! Il en découle en particulier k>2 n>k L J E E [21 = -1-5:-"1- n>0 En dérivant successivement la relation /(x) = 1 — xf(x — 1), on obtient /W(x) = -nfln-l\x ~ 1) - x/W(* - 1), n > 1. En particulier /(n>(0) = -n/^H-l) et donc S = /(-1) = -/'(O)- J>!. n>0 2.4 Tronquées de / Pour un nombre premier p, considérons les p premiers termes de la somme définissant / en posant 00 m>0 = Kp(x)-(X)P/(X-P)- Ü Il s'ensuit que /(x) = Kp(x) - (x)p £ (-I)^x-P)n 0on' = Kp mo(* pZp ; modulo p2, on obtient la 10 Proposition 2.4.- On a /(-1) == (1-p)k„ mod p2Zp. Preuve.- On écrit £n! = Kp+p!(l + (p+l) + (p+l)(p + 2) + ...) mod p% = KP+p(p-l)!/cp mod P2Zp et le résultat découle de la congruence de Wilson (p — 1)! = —1 mod p. G REMARQUE.- Modulo p3, on obtient de manière analogue /(-l) = En! = Kp + p! Y^ (P + fc)fc+2P2*P modp3Zp qui s'écrit aussi /(-1) = En! = kp + pÎKp -f 2p2Kp + p • p! £ fcîjfc mod p3Zp n>0 0 = 1 1 1 1 3 1 12 11 12 Tf = 1 1 1 2 3 1 6 4 6 3 1 O T(ii) = 111111 1 1 1 2 3 1 6 0 6 1 2 6 2 10 1 10 10 5 8 4 1 5 4 7 9 10 10 1 2 0 9 4 2 3 6 1 5 268 9 4731 1 111 1 11111 1 1 1 r<7> = 1 3 1 10 6 1 114 3 1 13 6 2 11 1 1 1 1 3 1 176 1 r(u) _ 1 4 3 10 1 17 1 9 2 10 4 1 18 4 9 8 10 1 169 7 5 2 6 1 1 2 0 4 10 6 0 3 1 1 5 2 5 10 2 6 2 1 1. On observe que les lignes de Tf' deviennent les colonnes de T^ \ lues depuis la droite et de bas en haut. En d'autres termes, on observe les congruences M ¦ (::.1 mod p, 1 < n,k < p— 1. Pour p premier impair, on va démontrer une généralisation de ces congruences. Partons de la congruence polynomïale (1) du paragraphe 1.2, qui s'écrit aussi E Kl(-i)t+1*'^ E (^y^r^-^'-^mod,fZM- 0 1. PREUVE.- Considérons le triangle Tj ' formé des p" — 1 premières lignes (sans celle d'indice 0) du triangle de Stirling de première espèce modulo p" ; on obtient t(p") = M M - [«] i ... i (les 1 pour les p — 1 derniers termes de la (p" — l)-ième ligne proviennent du lemme 3.1). Intéressons-nous maintenant plus particulièrement au triangle T constitué des p— 1 dernières colonnes (et lignes) de Tf . En posant £>C] = Sij pour alléger les notations, on a T = «SI Ip"-(p-i)J Êtï p"-l P--1 Sp-I1P-I SilP-i ... Su 14 et les dernières observations fournissent 1 * 1 T = \ '•, "-. mod p". + -...* 1 1 ......... 1 On construit T (modulo p") à l'aide de la relation de récurrence (3) de 1.2, qui devient ici p"-(m-l) = 1), le sont encore pour p < i < p", i — p -f 1 < j < t, i/ > 1. PREUVE.- Cela découle des relations de récurrence (3) et (5) du paragraphe 1.2 ; pour 1 < j < i + 1 < p, on a = j an- -.} ?:;]* p"-0-i) p"-> mod P"-(J-I) p"-i -(P^-J) P"-J f-3 P*-(* + l) mod p" mod p" et on conclut par induction sur t. Q 4 Polynômes et nombres de Bell Les polynômes de Bell Bn(x) (n > 0) sont définis par 0<* I)- Co mme "+1 = ml j = m!, on constate que *>= E n!= E (p-— in= E 0!)7(»), u > I1 n>0 où / G T est une fonction N -* Z„ ou une fonction bornée N -+ Qp (pour assurer la convergence de la série dans Qp). Soient les opérateurs T et t : T —> T /(„) h-*, „"/(n) /(«) _>¦/(„+ 1); 18 on pose encore T„ := tu» — I où I est l'opérateur identité. Formule de sommation.- Soit g e T ; on a Su(Tu9) = -5(0); en d'autres termes 5>I)'((n + l)"*(n + 1) - 9(n)) = -fl(0). n>0 Preuve,- On calcule simplement Su(g) = s(0) + Enai(»!)"ff(«) = S(O) + £n>0(n!r(n + l)"s(" + 1) = p(0) + 5„(t^j). D Corollaire 5.1.-5¾/e*wte$€ ^teWe que f(n) = (n+l)"s(n + l)-0(n), c'esi-à-dire si f est dans l'image de l'opérateur Tv, alors on peut calculer la somme M/) = £("!)7(n) = -s(0). n>0 Étudions l'image de l'opérateur Tv dans le cas où / est un polynôme à coef- ficients dans Q. Si le polynôme g € Q[x] vérifie g € ImT», alors Su(g) est rationnelle! PROPOSITION 5.1.- La codimension de l'image de T» : Q[x] —> Q[x] uatif C«fim(Jmr,) = u. PREUVE.- L'image par T11 du polynôme de base /*(n) = nk (degfk = k) vaut T„/* = (n + l)*+v - n* et 0n\ ... Cas PARTICULIER.- Soit f(n) = Cp(rt), où g G F et ( G /ip_i C Zp est une racine (p — l)-ième de l'unité. On regarde alors la somme ^(3):=M/) = D"0Tyn) n>0 et l'opérateur T^iV — ra^M — /où o-^vg(n) = Cn"ff(n). Construisons la matrice M<>" de T0, |Qd. 00 On obtient 4 = 0,4 = -i et ^+1 = *-£(" î Vi+,»f, 0<.i et (ujt)*>i qui vérifient ^n\(nk + uk) - vk. r>>0 Dans ce cas particulier, explicitons les premières paires (u*,«jt) et quelques égalités auxquelles elles donnent lieu d'où k 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 «Jb 0 1 -1 -2 9 -9 -50 267 -413 -2180 V* -1 1 1 -5 5 21 -105 141 777 -5513 1) 2) 3) 4) 5) J>!n = -1 n>0 Ên!(n3-1) = 1 j>!(n«-2) = -5 n>0 ]r„!(„s-)-9) = 5. n>0 21 REMARQUE.- L. van Hammenous a signalé que, pour Ç — -1, on obtient des paires (u*, Vk) faisant intervenir les nombres de Bell. Les premières valeurs sont en effet k 0 1 2 3 4 5 6 7 S 9 «Ä -1 T-2 -5 -15 -52 -203 -877 -4140 -21147 -115975 û* 0 -1 -3 -9 -31 -121 -523 -2469 -12611 -69161 et l'on observe que û* = -Bjt+1 {k > 0). Par conséquent, la somme 5^(-1)^(^ + (-1)**1¾+!) = ¾ n>0 est rationnelle pour tout k >1. Considérons maintenant l'équation sous sa forme générale £»»!(Ctn' + Cfc-in*-1 +... + Co) = D*, C0,...,C*.U4 € Q. PROPOSITION 5.2.- L'équation ci-dessus est vérifiée pourC0 = Ei<,on' réside dans la question de l'unicité de Ia paire («*, Vk) (k > l). On démontre aisément les trois résultats suivants. PROPOSITION 5.3.- S'il existe k > 1 tel que («*,*>*) n'est pas umçue dans Q, alors *jßn>on1- M' rationnelle dans Qp. PROPOSITION 5.4.- Si £n>0n' est rationnelle, alors I]fl>0n*!n! est ration- nelle pour tout k > 1. PROPOSITION 5.5.- Si (par exemple) (u7,v7) — (1,1) est l'unique solution rationnelle de £n>o n'("2 + ua) — V2, alors É«>0 n\ est irrationnelle. 22 5.2 Sommes finies On obtient des résultats analogues pour des sommes finies du type 0£ mod p. 0\. Cette formule permet également d'obtenir les relations de récurrence pour «ti Vk et i4fc_i(n). Les premières valeurs donnent Heu aux identités 1) £ Ui =-1+n! 0«r et Qk-i(n) = Observons encore quelques relations de congruence. On a J^ i!(i* + tit) = vk + n\Ak-i(n) = vk mod n\. a-i i!:'* sauf si u* est nul, i.e. si A^i(I) = Ak-i{0) (ce qui ne semble être le cas que si k = 1). On va énoncer des résultats équivalents à l'hypothèse de Kurepa dont la plupart figurent dans [6]. L'entier p désigne un nombre premier impair. Considérons la matrice M = /-2 2 0 -1 -1 3 -1 0 -1 -1 0 V-i o o \ 0 0 0 -1 P-I 0 -1 / de taille (p-l)x(p-l). THÉORÈME 5.3.- Les assertions suivantes sont équivalentes. i) L'hypothèse de Kurepa est vraie, H) dei Af ^ 0 mod p, Ui) Up_! ^ —1 mod p, iv) Vp £ —1 mod pt v) il existe k>\ tel que u* ^ 0 mod p et £0. v) : Cette équivalence découle de la relation 0¦ i) : Si l'hypothèse de Kurepa est fausse, alors kp = 0 mod p et y^ il ip~l = Up_i mod p. 0¦ tv) : Cette dernière implication sera démontrée à l'aide du calcul ombrai dans le paragraphe 6.1. D 6 Calcul ombrai Soit A un anneau (A — Z ou Zp) ; considérons l'opérateur linéaire ¢: A[W] -V Af[X]] (x)n *—> xn pour lequel on a $(xn) = Bn(x) (n-ième polynôme de Bell) (voir [7]). Reprenons f(x) = £n>o(-1)n(*)» ; alors */W = Ef-1^ = TT et $kp(:e) = E (_:E)0 = T4^ (p impair); 0c mod pZp[x], on a *«p(*)sl+ E (-l)*B,-tflfc(a:) modpZ,[*], il t.e. a» = "(ac+e)n+,n, n > 1. Soit ^e : Zp[x] —? Zp l'opérateur linéaire défini par 0,(x*) = al (k > 0). Alors vv((x+er1)= £ ("tV-'+y=«;=^^"). *>i- 0 1), on a P(O) =.e»~J(n-l)! et (x + e)P(x + e) = (x + e)(x + 2e)... (x + ne). Ainsi &((x+ ¢)...(* +ne)) « tf«((*+ e)...(x + (n - l)e)) +(a(e-l)+/J)C-1Oi-1)1 = 0.((i+e)...(x + (n-2)c)) +[e"-2(n - 2)! + e»-»(n - l)!](o(e -1) + /3) = *.(* + e) + (a(e-1) + 0) J] £**! le((x + £)...(x + pe)) = ij>c(xp-x) mod p = aep — ß mod p et donc ap = a + /? +(a(e-l) + /?)- J] efcfc! mod p. Les mêmes calculs, effectués avec la suite (f£)n>o définie par au lieu de la suite (e£)n>o> conduisent au résultat analogue bep = a + ß+(ß-a) £ (-I)Vk! mod p. 0p = —1 — y^ e*/;! mod p ou encore Yje*/c! = — 1 — vf moa" p. 0<*i et (v%)k>i satisfont £ e"n!(«*"*+ «*) = «*• 0o pour laquelle Bp = 2 mod p. 4) ß = a +1 : alors if - 2a - 1 = ]T (-l)Vfc! mod p. 0 0), qui forment une base du module A[y], 29 LEMME 7.3.- Pour v > 1, et p un nombre premier impair, les polynômes (y)pi. = y(y — 1)... (y — pv + 1) vérifient la congruence (y)p, = (yP - y)P"_l modp»A[y\. Les preuves de ces trois lemmes se trouvent dans [7]. LEMME 7.4.- Soit v>ï etp un nombre premier impair; dans l'espace des polynômes à deux variables, la congruence suivante est vérifiée ((x + y)' - (x" + y)f = (y* - yf mod f*lA\z,y]-. PREUVE.- On a la congruence (x + y)p - (xp -r y) = y" -y mod pA[x, y]. Le résultat souhaité découle alors directement du lemme 7.1. D 7.2 Calcul ombrai Sur le module A[x, y), dont la famille {xx(y)j, i,j > 0} forme une base, on définit un opérateur linéaire $ par ¢: A[x, y] —> A[x] Sty),- H->_X'\ Sur v4[i,y], considérons la relation d'équivalence, notée ~, définie par f ~ g si et seulement si ¢(/) = ii(g) mod pM[x}. LEMME 7.5.- Si S,T : j4[x,î/] —? ^[^M/] sont deux opérateurs linéaires qui commutent et v > 1 un entier tels que Sf ~ Tf pour toute f € A[x, y\, alors Skf ~ Tkf pour tout k € N et pour toute f € A[x,y). PREUVE.- Procédons par induction sur k. Le cas k = 1 correspond à l'hy- pothèse du lemme. Supposons alors que l'équivalence S*-1/ ~ T*"*1/ est vraie pour toute / € Afa;, y]. Alors Skf = Sk~lSf £ Tk~lSf = STk~lf £ TTk~lf = Tkf. D 30 LEMME 7.6.- Pour tout n 6 N et toute f € A[x,y], on a l'égalité *((y)n/(x,y_n)) = *(/(*, y)). Preuve.- On a 1¾),,+* = x'(y)„(y - n)kl d'où * ((y)nx*(y - n)k) = * (x'(yW) = x' = * (x;(y)*). Or, la fonction / peut s'écrire f(x, y) = J2i,k °»fcx'(!')*î des égalités précéden- tes on tire ainsi *((y)»/(*,¥-n)) = *(/(*,»)). Ü LEMME 7.7.- 5» p est un nombre premier impair, v > 1 un entier et f E A[X1Xj]1 alors la congruence suivante est vérifiée f £ (C* + »)p-(*p + id)p'"7. PREUVE.- Dans le lemme 7.6, posons n — p" et réduisons l'égalité modulo p". On obtient D'autre part, le lemme 7.3 énonce la congruence (y)p* = fy-y)"""1 modp»A[y]ì on en tire / ~ (yp — y)p"_1/i et Ie lemme 7.4 permet de conclure. D THÉORÈME 7.1.- Si / e A[x,y], e > 1 et p est un nombre premier impair, alors la congruence suivante est vérifiée (x + yY"f C (x'+l+y)"""1/. PREUVE.- Nous allons procéder par induction sur v. Pour v = 1, le lemme 7.7 donne / ~ ((x + y)p — (xp + y)) /, formule dont on tire immédiatement (x + y)pf ~ (*' + i + !0/. Supposons maintenant que la congruence (x + y)p"f ~ (xp 4-1 + y)p"~ / soit valable pour tout n < u et toute / G A[x,y]. Il s'agît de montrer que l'on a 31 Du lemme 7.7, on tire (*) / P~+1 ((x + vY-(xp + y)ff- Développons ce dernier terme à l'aide du binôme de Newton. On obtient oaf = (x»+l+y)kf. H s'ensuit que Ç) (« + y)*(-*' - yf-k "-' g) (x' +1 + y)'(-*' - y)^. Au total, nous avons donc établi la formule E Ç)(*+vVi-* - y)'~-k "-' E ¢)(*"+1+»)*(-*' - »r-*- où la somme porte sur les k : l < k < pv — I. Or, le membre de droite s'exprime aussi par E (K)(*p+i+y)k(-*p-y)pV-k = i-^+i+yr+^+yr. Utilisons finalement (*), qui donne / P~| ((* + y)p-(*' + y))p,7 P~ ' ((* + y)""*' - (*p + y)p" + 1 - (xp + 1 + y)p" + (x" + y)"") / „"+i (x + y)^'f + f-(xP + l + y)Vf. 32 Ainsi, (x + y)*" f ~ (xp + 1 + yY" f comme souhaité. D REMARQUE.- Cette congruence est également valable pour p = 2 si v = 1, Pour p = 2 et f > 1 a lieu la congruence \v »r1 /~p . i i_..w" En effet, on perd un facteur p(= 2) dans la preuve du lemme 7.2. 7.3 Les polynômes de Bell-Carlitz Rappelons que le n-ième nombre de Bell Bn est défini par la fonction génératrice Intéressons-nous alors à une généralisation de ces nombres due à L.Carlitz (étudiée dans [13]). On définit le n-ième polynôme de Bell-Carlitz B„(x) par On remarque alors que Bn = B£(0), et on a m>0 k>0 n>0 0) mod npZp[s]. PREUVE.- Il existe fcçN premier à p, et v > 1 tels que n = fcp""1. Par ailleurs, on a, grâce au théorème 7.1 et au lemme 7.5 (X + !,)**"/ ~ (xp + l+!/)*p*"1/. Observons que 0'<*P et que «((«" + l + y)**"1) = B^1(I+ x"), et prenons / = 1. On obtient alors la congruence BK*) = B^il+x") modpM[x], et donc B£p(:r) s B<(1 + xp) mod npZp[r]. D REMARQUES.- 1) Pour x = 0, on trouve Bnp(Q) = B=(I) mod npZ„; il s'agit de la congruence de Comtet-Zuber Bnp = Bn+i mod npZp. 2) Pour p = 2, on a la congruence B^n(X) = B^(I + i2) modnZ2[x] (puisqu'on perd un facteur 2). 34 Références [1] M. AbramÖWITZ, I.A. Stegun, Handbook of Mathematical Func- tions, Dover Pubi., New York, 1965. [2] Y. AmICE, Les Nombres p-adiquts, Presses univ. de BYance, coll. SUP, le Mathématicien, 1975. (3] B.C.CARLSON, Special Functions of Applied Mathematics, Academic Press, 1977. [4] L. COMTET, Analyse combinatoire, Presses univ. de France, coll. SUP, le Mathématicien, I et II, 1970. [5] B. Dragovich, On some p-adic Series with Factorials, Proceedings of the 4th intern. Conf. on p-adic Functional Analysis. [6] B. Dragovich, On some finite Sums with Factorials, à paraître. [7] A. Gertsch, A. ROBERT, Some Congruences concerning the Bell Numbers, Bull. BeIg. math. soc. 3 (1996), 467-475. [8] A. GERTSCH, Nombres harmoniques généralisés, Comptes rendus Acad. 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