INSTITUT DE ZOOLOGIE DE L'UNIVERSITÉ DE NEUCHATEL Directeur: Professeur Jean-G. Baer CONTRIBUTION A LA MORPHOLOGIE ET A LA BIOLOGIE DE DIPLOZOON PARADOXUM V. NORDMANN, 1832 THÈSE PRÉSENTÉE A LA FACULTÉ DES SCIENCES DE L'UNIVERSITÉ DE NEUCIIATEL POUR L'OBTENTION DU GRADE DE DOCTEUR ES SCIENCES PAR JACQUES BOVET EXTRAIT DU BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ NEUCHATELOISK DES SCIENCES NATURELLES TOME 911, 19(57 UNIVERSITÉ DE NEUCHATEL FACULTÉ DES SCIENCES La Faculté des sciences de l'Université de Neuchâtel, sur le rapport de MM. les professeurs Jcan-G. Baer, L.Euzet (Montpellier) et Ch.Terrier, autorise l'impression de la présente thèse sans exprimer d'opinion sur les propositions qui y sont contenues. Neuchâtel, le 9 mai 1967. Lc Doyen : "W. SÖRENSEK Thèse soutenue le 8 juillet 1965. CONTRIBUTION A LA MORPHOLOGIE ET A LA BIOLOGIE DE DIPLOZOON PARADOXUM V. NORDMANN, 1832 INSTITUT I)E ZOOLOCLE, UNIVERSITE UE NEUCHATEL Directeur : Professeur Jeaii G. Liner CONTRIBUTION A LA MORPHOLOGIE ET A LA BIOLOGIE DE DIPLOZOON PARADOXUM V. NORDMANN, 1832 par JACQUES BOVET AVEC 41 KIGUBES DONT 5 PLAhXHES TABLE DES MATIÈRES Pages Avant-propos....................... 64 Introduction....................... 64 Première partie Les organes de fixation................. 66 L'appareil digestif..........0......... 83 L'appareil excréteur........r......... 95 Le système nerveux et les organes sensoriels........ 99 Les organes génitaux.................. 100 La formule chromosomique............... 106 L'œuf........................ 108 La morphologie de la larve............... 109 Position systématique................. 114 Deuxième partie Le cycle évolutif et l'etnologie.............. 116 L'infestation ..................... 131 Troisième partie La spécificité parasitaire chez Diplozoon.......... 139 Considération préliminaire à l'expérimentation....... 141 Los résultats expérimentaux............... 145 Statut taxonomique des formes de Diplozoon du Lac de Neu- châtel....................... 153 Bibliographie....................... 156 — 64 — AVANT-PROPOS Au seuil de ce travail, nous tenons à assurer de notre profonde recon- naissance notre maître, le professeur Jcan-G. Baer, qui sut ménager à notre recherche un climat de confiance où prima la liberté d'action, condition indispensable à l'élaboration de l'étude personnelle qui nous était proposée ; il sut prodiguer intérêt et encouragements à notre cause, mettant sans compter sa haute érudition à notre disposition. Par deux fois, nous fûmes reçu à la Station biologique de Sete (Hérault, France) et nous eûmes l'occasion de nous familiariser avec les Polyopistkocotylea méditerranéens. Nous nous remémorons l'accueil cha- leureux et les fructueuses discussions que nous y réservèrent M. L. Euzet, professeur à Montpellier, et ses assistants. Qu'ils reçoivent ici l'expression de notre gratitude. Tous nos remerciements s'adressent également : à MM. Ics professeurs A. Linder de Genève, J. Cardinet et W. Richter, tous deux de Neuchâtel, et R. Dessoulavy de Lausanne, qui nous secon- dèrent bénévolement dans l'élaboration des résultats statistiques ; à Mmc M. Betex de Berne, alors professeur de biochimie à l'Université de Neuchâtel, pour ses conseils et sa collaboration ; à M. A. Quartier, Inspecteur de Ia chasse et de la pêche, qui nous autorisa à pêcher nous-même la majeure partie de notre matériel ; au Centre de microscopie électronique de l'Université de Lausanne, qui mit à notre disposition appareils et personnel ; à MM. les pêcheurs professionnels E. Sandoz, L. Widmer, P. Veuve et R. Vallélian qui nous ont fourni une partie de notre matériel. Enfin, nous tenons à signifier toute notre gratitude à M. A. Schwab, qui nous seconda tout au long de nos recherches. INTRODUCTION La biologie de Diplozoon (classe des Monogènes) intrigue les esprits depuis plus d'un siècle. Placé au sein des Polyopisthocotylea, ce parasite est dulçaquicole. Son nom générique provient de ce que l'adulte vit en état de copulation permanente. L'accouplement se réalise alors que les deux partenaires du futur couple ne présentent encore aucune différen- ciation des gonades ou des canaux sexuels. Il s'avère par ailleurs que l'union des larves constitue une condition sine qua non de l'accession de l'animal à l'état d'adulte. On conçoit que les relations entre partenaires soient très étroites : la coupe histologique révèle une continuité des tissus d'un Ver à l'autre. — 65 — De l'œuf, pondu en pleine eau, éclot une larve libre, nageante, ou oncomiracidium. Celui-ci, mesurant un tiers de mm de longueur, se fixe aux branchies de son hôte, généralement un Cyprinidé. Les jeunes larves déambulent sur l'épithélium branchial, se retrouvent et constituent les couples qui accèdent ultérieurement à leur maturité sexuelle. L'adulte atteint la taille de 5 mm. Le Ver découvert sur la Brème est décrit pour Ia première fois par A. von Nordmann (43) en 1832. Treize ans plus tard, Dujardin (18) le retrouve sur la Carpe ; avec raison, il suspecte de petits Helminthes, campés dans le voisinage des couples de Diplozoon, d'être les larves encore non accouplées du parasite : il les dénomme Diporpa. Deux publi- cations de Zeller (65, 66), en 1872 et 1888, rendent compte du cycle évolutif du Ver et de son anatomie. Par la suite, Ie genre Diplozoon est retrouvé à maintes reprises. Ainsi, Wegener (6J) Ie signale en 1910 sur sept espèces de Cyprinidés de la Prusse orientale. L'intérêt se porte rapidement sur la spéciation du genre. Actuellement et à notre connaissance, 16 espèces en sont décrites {cf. p. 115). Parmi les travaux les plus marquants traitant du genre Diplozoon, citons ceux de Zeller (65, 66) mentionnés plus haut ; celui de Goto (28) qui relève Terreur d'interprétation de Zeller au sujet de l'anatomie des organes reproducteurs ; celui de Bychowsky et Nagibina (JO) qui traite des problèmes de spécificité au sein du genre ; enfin celui d'OwEN (44), à propos de l'anatomie et du fonctionnement de la pince.1 Les divergences d'interprétation de l'anatomie de l'appareil repro- ducteur furent à l'origine de ce travail. L'étude de Diplozoon nous fut confiée en 1958 et nous publiâmes tout d'abord quelques considérations sur l'œuf et la larve libre (6), puis quelques particularités anatomiques chez l'adulte (7). Ce dernier travail posait plus de questions qu'il n'en résolvait et nous décidâmes de poursuivre cette étude sur des bases plus larges ; nous sommes heureux de pouvoir en rendre compte ici. C'est au professeur Jean-G. Baer que l'on doit la découverte de la fréquence élevée de Diplozoon sur trois Cyprinidés du Lac de Neuchâtel (Suisse). Tout notre matériel provient de ce lac. A titre de comparaison, nous avons examiné des Vers récoltés dans les lacs de Bienne et de Morat (reliés au lac de Neuchâtel respectivement par les canaux de la Thielle et de Ia Broyé). Aucune différence n'est à signaler entre les matériels de ces trois provenances. Les hôtes sont désignés par leurs noms vernacuiaires, à savoir : la Brème ou Brème franche pour Abramis brama (L.), le Vengeron pour Rutilus rutilus L. et la Brème bordelière pour Blicca bjoerkna (L.). En outre, les termes de « partie antérieure » et « partie postérieure » dési- gnent les parties du corps du Ver accouplé, limitées anato iniquement au niveau de la soudure unissant les partenaires du couple. Les numéros entre parenthèses renvoient à la liste bibliographique. Le présent travail se divise en trois parties : Ia lre partie comporte la description du parasite ; la 2e traite du cycle évolutif et de l'infestation ; la 3e aborde les problèmes de spécificité du Ver à l'égard de ses hôtes. — 66 — PREMIÈRE PARTIE Sont envisagées successivement la morphologie externe de l'adulte avec les organes de fixation, puis la morphologie interne, avec les diffé- rents systèmes digestif, excréteur, nerveux et reproducteur ; enfin, les dimensions de l'œuf, la morphologie des larves libre et parasite et la position systématique du genre Diplozoon. Les organes de fixation On ne saurait guère trouver d'exemples d'adaptation mieux choisis que ceux des organes fixant les Monogènes à leurs hôtes respectifs. La complexité structurale et fonctionnelle de ces formations s'allie en effet de façon remarquable à leur haute précision micro-mécanique de même qu'aux exigences spécifiques des différents types d'association. Peut-être la perfection' adaptative de ces organes n'est-elle pas sans relation avec ¦ le caractère de nécessité vitale qu'ils représentent pour le parasite, tant il est à considérer qu'un Monogène quittant son hôte est un organisme condamné. La structure du hapteur et son fonctionnement Les représentants de Ia sous-classe des Polyopisthocotylea se caracté- risent par un hapteur (ou ensemble des organes de l'extrémité postérieure fixant le Monogène à son hôte) composé de pinces et de crochets localisés dans la région postérieure et ventrale du Ver. Plusieurs travaux ont été consacrés à l'étude du hapteur. Euzet (19) décrit de multiples armatures (ensemble de crochets) d'oncomira- cidiums méditerranéens ; ceux-ci proviennent d'espèces recouvrant les principaux groupements taxonomiques des Polyopisthocotylea. L'auteur élabore une interprétation phylogénique de la sous-classe, basée sur la structure de l'armature. Llewellyn (37-39), d'autre part, s'attache à élucider la structure et le mécanisme des pinces de divers représentants des Polyopisthocotylea. Globalement, il définit trois types de pinces, dont l'un d'entre eux est retrouvé chez Diplozoon. Le hapteur de Diplozoon adulte se compose d'une paire de crochets à fléau et de deux rangées symétriques de pinces dont le nombre s'élève à quatre paires chez l'adulte (Discocotylidae). Les organes se localisent à la face ventrale de l'extrémité postérieure de chaque partenaire du couple. Le développement ontogénique du hapteur est connu depuis les tra- vaux de Zeller (65). La larve, à son éclosion, possède une seule paire de pinces. Les fléaux des crochets dépassent alors largement le contour de la région postérieure. Une deuxième paire de pinces se développe tôt après Ia fixation de la larve à son hôte. C'est à ce stade, généralement, qu'inter- vient l'accouplement. Avant que le couple n'accède à sa maturité — 67 — sexuelle, le hapteur se parachève avec l'apparition des deux dernières paires de pinces. Nous envisagerons successivement la description, puis le fonction- nement des pinces et des crochets. La pince Von Nordmann (43) et Goto (28) décrivent la pince deDip/osoon, sans donner de celle-ci aucune interprétation explicite de son fonctionnement. YiN et Sproston (64) et Sterra (54) étudient le mécanisme de la pince, respectivement chez D. nipponicum et D. tetragonopterini. Ces auteurs déclarent, l'un et l'autre à leur manière, que le principe d'occlusion repose sur l'élasticité de certains sclérites jouant le rôle de ressorts rap- prochant les mors de Ia pince. Owen publie en 1963 (44) une étude plus approfondie sur la pince de Diplozoon infestant le Vengeron. Les recherches de cet auteur et les nôtres eurent lieu simultanément et de manière non concertée. Nous nous bornerons à résumer ici les observations communes, à relever quelques divergences de vues, à exprimer enfin quelques considérations qui nous sont propres au sujet du fonctionnement de la pince. Outre les techniques qu'indique Llewellyn (37), nous mentionne- rons nos fructueux résultats obtenus par dissection des pinces au moyen d'aiguilles, par l'utilisation de NaOH conférant suffisamment de sou- plesse aux sclérites pour permettre l'ouverture de la pince de 180° et enfin par Ia coloration des sclérites par le carmin acétique, doublée d'une coloration contrastante au vert de méthyle par exemple. Les huit pinces, de structures identiques, présentent trois éléments fondamentaux qui sont les parois, constituées de ce que nous nommerons l'organe cupuliforme, d'un système de sclérites et d'un système muscu- laire extrinsèque à la pince. L'organe cupuliforme consiste en un tissu fibreux d'une épaisseur moyenne de 25,«, en forme de cuilleron à concavité externe. Un allon- gement de l'organe cupuliforme, transversalement à l'axe du Ver, définit les mâchoires antérieure et postérieure de la pince. L'organe est recouvert extérieurement aussi bien qu'intérieurement d'une forte membrane. Bien que déformable, celle-ci ne semble pas jouir de propriétés élastiques. L'organe cupuliforme est inséré dans les tissus par l'intermédiaire de sa membrane externe. Quant à sa membrane interne, doublée d'une cuti- cule, elle délimite la cavité de la pince. Sur le plan ultrastructural, l'organe cupuliforme, anucléé, est cons- titué de fibres prismatiques d'orientation radiaire. En d'autres termes, les fibres s'insèrent sur les deux membranes externe et interne de l'organe cupuliforme. De fines membranes aponévrotiques circonscrivent chaque fibre. De plus, on observe des structures granulaires (amas de glycogène?) disposées sans ordre entre les fibres ou à l'intérieur même de celles-ci. La structure fine de la fibre, enfin, rappelle étroitement la constitution — 68 — de la myofibrille des faisceaux musculaires compacts, extrinsèques à la pince. En effet, des fibrilles électroniquement denses, parallèles, s'éten- dent dans toute la longueur de la fibre et confèrent à cet élément un caractère contractile (fig. I). Les résultats négatifs obtenus sur coupes par le réactif de Weigert font preuve de l'absence de fibres élastiques dans l'organe cupuliforme — les clichés obtenus en ultrastructure le confirment également — con- trairement aux suppositions de Goto (28, p. 164). Owen (44) signale une inervation de la pince par deux nerfs qui, bifurques, pénètrent dans l'organe cupuliforme : ces branches nerveuses inervent respectivement quatre secteurs délimités par le plan de symétrie bilatérale de la pince et le plan séparant les deux mâchoires antérieure et postérieure. Nos observations montrent que c'est à partir de cellules * neuromus cul aires que des fibres achromatiques (coloration hémalun- éosine) pénètrent dans l'organe cupuliforme. Les cellules neuromuscu- laires, dont les volumineux noyaux mesurent 20 à 30 jà. de diamètre, semblent être sous la dépendance de la cinquième paire de nerfs (cf. p. 100). Les fibresachromatiques relient donc les cellules neuromusculaires aux fibres prismatiques et se rendent également à de petits corpuscules logés çà et là dans les espaces ménagés entre les fibres prismatiques ; ces corpuscules pourraient représenter des organes sensoriels sinon des cor- puscules du tact (fig. 2). Les sclêrites sont composés de scléroprotéines, électroniquement denses et d'aspect homogène quant à l'ultrastructurc ( X 10.000). Comme le relève Owen, ils rappellent beaucoup, par leur disposition, le plan architectural sclérifié de la pince de Discocotyie sagiu-ata (39). Exception faite du sclerite médian, les différentes pièces sclérifiées sont apposées à la surface externe, interne ou marginale de l'organe cupuliforme : il s'en- suit que certaines fibres de ce tissu s'insèrent sur les sclêrites, mais tou- jours par l'intermédiaire de la membrane délimitant la cupule. Un stéréogramme (fig. 3), complétant celui de Owen (44), fait état de la dis- position des sclêrites ; l'organe cupuliforme y est omis pour des raisons de compréhension. La pièce médiane (A) *, en forme de J, par laquelle passe le plan de symétrie de la pince (parallèle au plan de symétrie d'un partenaire du couple), sépare presque complètement l'organe cupuli- forme en deux demi-cupules symétriques gauche et droite. La branche antérieure de cette pièce est creusée dans sa partie moyenne d'un canal communiquant avec l'extérieur par une vingtaine de pores irrégulière- ment disposés sur deux rangs. Son extrémité offre une surface concave sur les bords antérieur et postérieur de laquelle s'articulent des sclêrites lamellaires en nombre variable, reliant la pièce en J aux sclêrites B. La partie profonde de la pièce en J présente deux expansions lamellaires latérales, percées de part en part de 4 à 7 pores. L'extrémité postérieure de la pièce en J, qui n'atteint pas le bord de la mâchoire mais est reliée 1 Nous reprenons les mêmes lettres que Owen pour designer les différents sclêrites de la pince de Diplozoon. Hull. Soc neuchâtcl. Sri. nat.. 90, I%7 Planche I Pig. I. Coupe au travers du ti>-u rupuliformc de la pince d'une Diporpa, coupant la membrane externe à angle droit. Du lait de la sphéricité du tissu, les prismes, en coupe longitudinale au niveau de la membrane externe (ME), sont vus en coupe transversale au-dessus. Sur ce cliché ne figurent pas les corpuscules fusiformes ren- contrés dans le tissu des pince- d'adulte- surtout. 20 000. Cliché : Centre de Micro- scopie électronique de I"l Diversité de Lausanne. Fig. 2. Coupe longitudinale du hapteur passant par une perforation de la membrane externe de Ia 2e pince. A : croquis de situation; Ii : oti remarque nettement les fibres de connexion entre la cellule neuro-musculaire et le tissu fibreux, les supposés corpuscules du tact entre autres ; C : cuticule ; Cp cavité, de la pince ; Ct corpuscule tactile(?); M faisceau musculaire; Me membrane externe ; Mi membrane interne ; N noyau d'une cellule neuro- musculaire ; P : paren- chyme. (Microscopic op- tique, immersion). — 70 — Fig. 3. Stéréogramme montrant la disposition des scléritcs de la pince. A : pièce en J ; B : scléritcs du bord libre de la mâchoire antérieure ; C : sclérites intermédiaires ; D et D' : complexe des sclérites bordant la mâchoire postérieure mobile ; E et F : scléritcs conducteurs du tendon T ; M : muscle extrinsèque ; M1 : branche ventrale, M1 : branche dorsale antérieure, M3 : branche dorsale postérieure. La ligne brisée de traits interrompus délimite la portion mobile de la mâchoire postérieure. à celui-ci par l'intermédiaire des deux sclérites lamellaires E et F, est percée d'un canalicule à l'intérieur duquel coulisse le tendon T du com- plexe musculaire extrinsèque M. Le tendon passe sur la pièce E, articulée elle-même à la pièce en J (fig. 3 et 4) et sous la pièce F. Après s'être bifurqué, il s'insère sur les scléritcs D. Signalons que les complexes sclérifiés D-D', bordant la mâchoire postérieure mobile, présentent un nombre inconstant de pièces ; alors que chez Discocotyle ils sont constitués chacun d'une ou rarement de deux pièces, chez Diplozoon âgé de deux ans, seules les pinces de la première paire n'en présentent qu'une. Assez rapidement, le complexe D-D' se brise (par des effets naturels et non sous la pression du couvre-objet, comme le pense Owen) pour former le plus souvent deux, parfois trois, exceptionnellement quatre pièces (notamment chez les 2e et 3e pinces de gros Vers adultes parasites du Vengeron) étroitement jointes les unes aux autres (articulations prati- quement immobiles). Ces sclérites sont profilés en lame de couteau, le fil Fig. 4. Coupe passant par le plan de symétrie bilatérale de la pince. A. D, E. F : sclérites (voir le texte) ; Lb : lamelles branchiales de l'hôte ; M : muscle extrinsèque : MA : mâchoire antérieure ; MP : mâchoire postérieure ; T : tendon du muscle extrin- sèque ; Tf : tissu fibreux. En pointillé, mâchoire postérieure de la pince fermée. dirigé vers la mâchoire opposée, et s'articulent avec les pièces B par l'intermédiaire d'un sclerite C en forme de clavicule. Les pièces B, enfin, symétriques, longent le bord libre de la mâchoire antérieure et s'in- curvent latéralement pour se terminer à la surface interne de la cupule aux centres des deux hémi-mâchoires postérieures. Ces pièces, en lame de couteau sur leur tiers antérieur, sont creuses sur leurs deux derniers tiers. Leur cavité centrale est en relation avec l'extérieur par quelques très fins pores situés dans la région de l'articulation de ces pièces avec les sclérites C. C'est à ce niveau également qu'une expansion lamellaire, — 72 — borde chaque sclerite B, expansion {fig. 3) dont les limites se définissent aisément par une coloration spécifique des scléroprotéines. La surface d'insertion des prismes du tissu fibreux, côté interne de la cupule, s'en trouve ainsi augmentée ; ce dispositif de renforcement confère à la base de l'articulation son indispensable stabilité. C'est à propos des sclériles que semble devoir être mentionnée, à la surface de la membrane interne, Ia présence de certains épaississements dont nous n'avons pu éclaircir la nature (scléroprotéines, cuticule, replis de la membrane ?) en nombre variable (jusqu'à une dizaine sur de grosses pinces) et perpendiculaires au plan de symétrie de la pince. Ces épais- sissements n'ont malheureusement pu être identifiés sur les clichés d'ultrastructure de la pince. Y aurait-il lieu d'y voir une nomologie avec les rangées de petits sclérites de Ia pince de Cyclocotvla bellones (Diclido- phoridae) {21) ? Les muscles extrinsèques à la pince représentent Ie troisième élément de la pince à considérer. Nous envisagerons le situs de ces muscles en corrélation avec leur fonction. Au tendon T, s'insérant sur les sclérites D, fait suite un muscle adducteur externe qui, passant sous la pince, se divise en trois branches et non deux comme l'indique Owen. (Llewellyn en observe deux éga- lement, chez Discocotyle sagittata.) Celles-ci rejoignent Ia musculature périphérique ventrale, pour la branche la plus longue, dorsale, pour les deux autres (fig. 5). De la branche dorsale antérieure M2 s'élève une branche musculaire M4 venant s'insérer sur les sclérites lamellaires externes de l'extrémité antérieure du sclerite médian. Il ressort claire- ment de cette disposition que la contraction des quatre branches muscu- laires extrinsèques entraîne l'occlusion de la pince (en pointillé, fig. 4), tout en maintenant son orientation par l'effet compensatoire de la branche M*. Les branches musculaires dont l'insertion est ventrale (M1) sont courtes au moment de Ia formation de Ia pince. Par la suite, le dévelop- pement d'une nouvelle pince (antérieure à la précédente), avec la dispa- rition de la musculature périphérique sous-jacente qu'il implique, oblige la branche ventrale du muscle de la pince plus âgée à s'allonger en direction antérieure. C'est ainsi que chez l'adulte, la branche M1 de Ia première pince (pince postérieure extrême d'une des rangées du hapteur) passe sous les deuxième, troisième et quatrième pinces, avant de s'in- sérer dans la musculature périphérique ventrale (fig. 5). L'axe des branches ventrales M1 des pinces en formation est repoussé latéralement (et antérieurement) par rapport à l'axe des branches pré- existantes. 11 peut paraître curieux que le parasite ait à soutenir une contraction musculaire permanente pour demeurer fixé à son hôte. En est-il bien ainsi ? La poussée rythmique du courant d'eau de respiration de l'hôte sur les téguments du parasite tend à détacher ce dernier de la branchie. Cette poussée se manifeste à l'intérieur du Ver par une traction s'exerçant — 73 — Fig. 5. Scmi-schématiqiiement : détail de la musculature médiane d'une rangée de pinces obtenu par reconstitution à partir de coupes sériées sagittales du hapteur. (Rangée droite d'un Ver adulte de Vengcron : vue latérale de l'extérieur vers l'inté- rieur du Ver.) M1, M1, M3 et M4 : branches musculaires médianes de Ia lre pince. Au niveau des pinces ne figurent que les coupes montrant le cheminement du tendon. principalement sur les branches musculaires qui, par l'intermédiaire du tendon médian, resserrent les mors de Ia pince. L'occlusion de celle-ci sera donc d'autant plus ferme que l'irrigation de la branchie est plus active. Cette régulation existe effectivement : il n'est pas rare d'arracher le hapteur d'un individu lorsqu'on tente de dégager un couple de la lame branchiale en le soulevant à l'aide d'une aiguille par la bride que forme la réunion des deux parties postérieures. Par contre, le parasite cède facilement prise, lorsqu'on Ie détache en l'entraînant en direction inverse x. Dans ce dernier cas, les branches musculaires perdent ainsi leur point d'appui et l'occlusion de la pince n'est plus assurée. On comprendra dès lors aisément que certains « coughing movements » ou mouvements de toux du Poisson, faisant passer l'eau en direction contraire à celle du courant normal (dont le rôle bien connu consiste à débarrasser la corbeille branchiale des détritus qui s'y sont accumulés), puissent détacher les larves nouvellement fixées sur leur hôte. L'effort de contraction développé par les branches musculaires est fort délicat à apprécier. A-t-on pu mettre en évidence l'existence d'un tonus musculaire chez les Plathelminthes ? Chez ces organismes sans 1 Nous avons retrouvé cette caractéristique chez certains Discocotyttdae et Microcotvlirlac (Séte). _ 74 — squelette, les effets de la contraction d'un système musculaire se trans- mettent généralement à d'autres systèmes musculaires dans lesquels ils s'intriquent. Ainsi, la musculature périphérique du hapteur est sans aucun doute largement, mise à contribution dans l'occlusion de la pince et le maintien permanent de celle-ci : la contraction des fibres circulaires notamment amène la rigidité indispensable du lieu d'insertion antérieur des muscles médians. Il est intéressant d'observer que durant les mois d'interruption quasi totale de leur activité reproductrice (mi-septembre à début janvier), les couples se campent plus profondément dans la brancliie qu'en dehors de cette période : par déplacements successifs de chaque pince. les hapteurs des deux partenaires occupent un niveau plus proche de l'arc branchial et, de ce fait, les deux parties postérieures sont étirées axialement, le septum branchial retenant le couple au niveau de la soudure unissant les deux Vers. Cette traction constante ainsi exercée sur le hapteur par l'élasticité des deux parties postérieures, semble devoir assurer une « auto-fixation » du couple en cette période de métabolisme général ralenti. (Voir fig. Il relative à la position du Ver sur la branchie.) Il reste à envisager quelques considérations et mises au point qui sont les suivantes : Tandis que chez Discocotyle, la mâchoire postérieure s'articule sur l'antérieure par la jointure des pièces C-B (et c'est l'opinion de Owen au sujet de la pince de Diplozoon également), nos observations montrent que chez Diplozoon, l'articulation des pièces C-B (de type diarthrosc, par son anatomie seulement) est tout à fait rigide. Seul Fensemble des deux complexes marginaux D-D' est mobile, les deux points d'articulation se localisant entre les pièces C et D'. La portion mobile de la mâchoire postérieure est indiquée schématiquement par une ligne de traits inter- rompus en figure 3. L'angle constant que forment les sclérites B et C, quelle que soit l'ouverture de la pince, détermine deux ouvertures latérales (en noir sur la fig. 6 A), lorsque celle-ci est fermée ; ces ouvertures s'opposent à l'oblitération des capillaires des lamelles branchiales enserrées par Ia pince : elles évitent par là une nécrose du tissu branchial. Nous pensons devoir attri- buer les quelques cas de stases sanguines, observées sur coupes à l'extrémité des lamelles branchiales enserrées dans la cavité des pinces, __ à des artefacts post-mortem plutôt qu'à des MP effets morbides naturels. Fig. 6. A : pince fermée montrant latéralement les deux oriâces maintenus ouverts par le slérite C (voir le texte) ; B : pince ouverte ; MA : mâchoire antérieure ; MP : mâchoire postérieure. A MA — /;> — Los muscles adducteurs intrinsèques, reliant les sclérites B et C, présents chez Discocotyle sagittata (39) (Owen les signale chez Diplozoon également), ont fait l'objet de recherches minutieuses mais vaines. Leur absence s'explique du reste suffisamment par le fait de la rigidité du complexe B-C. Outre la musculature s'insérant sur la pièce médiane responsable de l'occlusion de la pince, existent deux systèmes musculaires déterminant l'orientation, l'ouverture et l'exsertion de l'organe. L'un d'entre eux, dont nous avons renoncé à reproduire la disposition anatomique, est représenté par une multitude de micro-faisceaux musculaires, plus ou moins anastomosés les uns aux autres et formant un réseau contractile qui s'insère principalement sur les sclérites marginaux de la pince. Ce système musculaire doit trouver son origine parmi les différentes couches circulaire, oblique et longitudinale de la musculature périphérique. Deux festons de trois brides chacun, reliant les huit pièces B, latéralement, de part et d'autre d'une rangée de pinces, représentent les régions où ces faisceaux sont les plus denses. Ici, leur fonction d'orientation indivi- duelle des pinces, de même que leurs exsertions, paraît hors de doute. Le second do ces svstèmes musculaires se compose de faisceaux compacts ; leur disposition dissymétrique semble résulter du décrochement des plans de symétrie du Ver et de la pince ; nous n'insisterons pas au sujet de leurs différents effets sur l'ouverture et l'orientation de la pince, qui se dé- duisent de la figure 7. Fig. 7. S e m !-schema- tic] iieinent : détail de Ja musculature princi- pale d'une pince ob- tenu pur reconstitu- tion il partir de coupes fiór.iócB trnnevetealee. (4e pine« gauche en vue antcro-postêricure d'un Ver adulte de Brème.) M1, M2, M3, M«: branches musculaires médianes de la pince en question. Il paraît très vraisemblable, à première vue, que la portion proximale des sclérites B, apposée à la surface interne de la pince, joue en tant que ressort de torsion écartant les mors de la pince lorsque la traction anta- goniste exercée par le système de muscles extrinsèques sur le tendon médian ne contrecarre pas cet effet. Cette interprétation est corroborée par le fait que les sclérites B sont excaves dans leur portion proximale, ce qui donne à penser que ces pièces, rigides dans leur segment marginal, se montrent plus flexibles dans leur extrémité profonde. Pourtant, les coupes sagittales de Vers fixés ne démontrent pas la chose : jamais nous — 76 — n'avons observé Ie tissu fibreux d'une pince, en place sur le tissu bran- chial, repoussé par l'extrémité profonde des scléritcs B. Remarquons en outre que pour assumer cette fonction supposée, les extrémités profondes des sclérites B devraient au moins atteindre la ligne de traits interrompus (fig. 3) représentant la charnière théorique de la mâchoire mobile, ce qui n'est pas le cas. Llewellyn, dans ses travaux sur les pinces de différents Polyopis- thocotylea, ne se prononce pas quant à la fonction — qui nous semble primordiale — de l'organe cupuliforme composant les parois et le fond de la pince. Cet organe, bien qu'anucléé (mais nous avons vu qu'il se trouve en connexion avec des cellules neuromusculaires), nous a paru nettement contractile. En voici des preuves : ¦ L'observation sur le vivant de la contractilité de l'organe cupuliforme est réalisée sur de jeunes couples dont la motilité de l'extrémité posté- rieure est plus forte que celle de couples adultes (l'observation suivant immédiatement l'extraction du Ver est de première nécessité). Par effleurement de la rangée de pinces avec un cil dégraissé, il est ainsi possible de reconstituer la succession des mouvements de préhension d'une pince sur une extrémité postérieure fraîchement sectionnée au niveau de la soudure entre les deux individus : la figure 8 montre tout Fig. 8. Fonctionnement de la pince, décomposé en trois temps. 1 : exsertion de la pince, la lumière de celle-ci s'efface ; 2 : rétraction de la pince et mouvement de succion des lamelles branchiales ; 3 : occlusion des mâchoires emprisonnant l'extré- mité des lamelles branchiales. B, C, D-D' : sclérites bordant les mâchoires ; L : lame branchiale ; Lb : lamelle branchiale ; Me : membrane externe délimitant le tissu fibreux ; Mi : membrane interne ; P : parenchyme. — 77 — d'abord l'exsertion de la pince. La cavité de celle-ci s'efface simultané- ment par un effet, semble-t-il, de décontraction complète des fibres prismatiques. Certaines fibres, d'orientation oblique, contribuent peut- être par leur seule contraction, à l'effacement de la cavité de la pince. Un mouvement de succion est ensuite déterminé par la contraction de l'ensemble des fibres prismatiques, accompagné du retrait de la pince et »Je son occlusion (contraction des muscles extrinsèques) sur le substrat fortement maintenu par les mors de la pince. C'est sur l'appui de la membrane externe non élastique et par la contraction simultanée de la totalité des fibres prismatiques que la cavité de la pince passe de l'état virtuel à son volume maximum. Nous n'avons pu observer les mouvements de déplacement d'adultes sur leur support normal ; néanmoins, la succession des mouvements de préhension a pu être observée pour chaque pince d'une même rangée, sur des Vers détachés de la branchie. Les tentatives de préhension des diffé- rentes pinces ne sont pas livrées au hasard, mais se produisent dans un ordre postéro-antérieur, c'est-à-dire de la première à la quatrième pince en une demi à deux secondes environ. Il ressort de ces observations que l'organe cupuliforme, bien que strictement anucléé (il est par là difficile de le considérer en tant qtie tissu musculaire typique), fait preuve d'une incontestable contractilité 1. Par souci d'une démonstration plus objective, nous avons réalisé in vitro la contraction de cet organe selon les méthodes de Szent-Györgyi {57). On sait les effets de contraction de l'ATP (adenosine-triphosphate) sur l'acto-myosine, la myosine jouant le rôle d'enzyme de déphosphorv- lation de l'ATP et libérant ainsi l'énergie manifestée dans la contraction musculaire. Après l'avoir isolée par dissection, une pince est mise à sécher à l'air quatre heures durant, sur lame creuse. Une macération de 48 heures à + 4° C en glycérine pure tamponnée au pHl met en solution l'ATP encore présent dans le tissu. La pince est ensuite passée dans plusieurs bains aux concentrations de glycérine décroissantes pour aboutir à une solution pure de KCl isotonique tamponnée. L'adjonction d'une solution d'ATP de 2.1O-3 molaire détermine aussitôt une contraction des fibres prismatiques qui se traduit, dans son ensemble, par une augmentation du volume de la cavité de la pince. Signalons en outre que la contraction de l'organe cupuliforme pro- duite par l'ATP sur des pinces dont tous les muscles extrinsèques avaient été sectionnés, n'a pas induit de mouvements des sclérites les uns par rapport aux autres : puisque seul le volume de la cavité de la pince s'est modifié, il faut admettre que seuls les muscles extrinsèques actionnent les différentes pièces sclérifiées ; il paraît peu probable, après les bains ramollissants prolongés dans la solution de KCl, que les articulations aient gardé l'ankylose provoquée par la déshydratation préalable. Il paraît hors de doute que les fonctions du tissu cupuliforme se limitent à la capture, par succion, des bords libres des lamelles bran- chiales. Dès que ces dernières sont en place dans la cavité de la pince, le 1 Kt non conimi le considèrent YiN et SmOSTON {64, ]>. 83) *... the wall of the clinnp- CIi]ISnIe, not in ïtscif contractile... » — 78 — système d'occlusion par Ia contraction de la musculature extrinsèque assume alors la fixation définitive. Il ne faut donc voir dans la fonction de l'ensemble des prismes contractiles qu'une action temporaire stricte- ment délimitée, ne déterminant que Ia capture des lamelles de l'hôte. Les crochets A son éclosion, l'oncomiracidium de Diplozoon ne comporte pour toute armature qu'une seule paire de crochets, médians et articules, dont on retrouve la présence homologue chez les représentants des Discocotylidae et Microcotylidae. La paire de pinces complétant le hapteur de la larve libre semble compenser chez Diplozoon l'absence des classiques crochets à conducteur. On sait que — chez certaines espèces des familles sus- mentionnées tout au moins.— les crochets marginaux tombent lors de la métamorphose du hapteur larvaire, pour être remplacés par des pinces. Chez Diplozoon, cette métamorphose post-larvaire se limite à l'apparition des deuxième, troisième et quatrième paires de pinces. Ainsi, nous avons été conduit à supposer que la transformation du hapteur devait débuter dans la période embryo gèni que. Mais ni les embryons écrasés dans leur coque protectrice à différents stades de leur dévelop- pement, ni les centrifugations du fond des cristallisoirs d'incubation ne nous permirent de retrouver d'hypothétiques crochets à conducteur rejetés par la larve avant son éclosion. Ces deux méthodes sont certes peu satisfaisantes : seule une étude embryologique, qui n'a pas été entre- prise dans le cadre de ce travail, serait à même de résoudre cette question. La larve libre a la faculté de protracter ses crochets — lors de la nage active — et de les rétracter — lors des reptations sur le fond, quelques heures après l'éclosion, ou après s'être dûment fixée par ses pinces à son hôte. La figure 9 rend compte de l'extension des mouvements des Fig. 9. Position du crochet rétracté et protracté (à gauche) et les mouvements d'oscil- lation du fléau (à droite) chez l'oncomiracidium. (Les crochets ont été ramenés en position horizontale.) _ 79 — crochets (voir aussi fig. 30 A, où les crochets, protractés, sont vus de profil). Une rapide oscillation de faible amplitude anime fréquemment le fléau lors des phases do nage très active. Quelle que soit leur position, le manche et le fléau d'un crochet sont toujours compris dans un même plan, plus ou moins incliné dorso-latéralement et antéro-postérieurement, selon le degré d:exsertion de l'organe. Le manche du crochet est entiè- rement compris dans les tissus du hapteur ; en position protractée, le fléau ne laisse ressortir que les trois quarts de sa lame terminale, la partie proximale étant coiffée d'une expansion cuticulaire souple et trans- parente (fig. 10). Nous avons tenté sans grand succès de comprendre le Fig. 10. Crochet d'oncomiracidium après l'écrasement, f : le fléau ; m : le manche. La membrane coiffant le fléau a été rajoutée telle qu'elle apparaît avant l'écrasement. mécanisme responsable des mouvements des crochets ; certains éléments de la musculature périphérique dorsale s'insèrent sur le manche, notam- ment sur sa partie proximale (muscles rétracteurs). La fonction des crochets se limite, chez Diplozoon, à maintenir mo- mentanément l'oncomiracidium en place au niveau branchial, de ma- nière que les pinces puissent se substituer à ce premier moyen d'accro- chage. A quelques reprises, il nous fut possible d'observer de jeunes Diporpas — venant de se fixer par leurs deux pinces au tissu branchial — dont un crochet, piqué sur l'épithélium, contribuait encore à la fixation de la larve. Très rapidement (cinq minutes environ après la fixation au Poisson, cf. p. 122), les crochets de Ia Diporpa se rétractent entièrement dans les tissus de la région postérieure et n'ont plus par la suite la faculté d'être protractés. Une Diporpa à deux paires de pinces montre déjà ses crochets profondément rétractés dans le parenchyme du hapteur, dans leur position caractéristique, les fléaux renversés et allongés contre Ie manche. A F encontre des observations de Llewellyn sur Discocotyle (39), chez qui les crochets à fléau contribuent, dans une faible mesure il est vrai, à fixer l'adulte à la branchie, nous avons toujours retrouvé chez — 80 — Diplozoon adulte les crochets complètement noyés dans le parenchyme (fig. 5). Apparemment, les éléments musculaires s'insérânt sur le manche ont complètement régressé à ce stade. Des précisions au sujet de la méthode de mensuration des crochets et de la valeur de ce caractère en systématique sont indiquées en pp. 142 et 146. Les valeurs moyennes de la taille des crochets s'inscrivent entre 62 et 95,5 fi. Aucune particularité morphologique du crochet ne permet de différencier Diplozoon spécifique du Vengeron de la forme inféodée à la Brème. Particularités du hapteur Morphologiquement, la forme de Diplozoon inféodée à la Brème se distingue au premier coup d'œil de celle inféodée au Vengeron, par cer- tains caractères de la partie postérieure qui concernent le hapteur (fig. 36). Ce sont. les six à neuf crêtes transversales ventrales, disposées régulièrement Ie long du segment recelant les appareils reproducteurs et la « cuillère » à concavité ventrale se situant entre la dernière crête postérieure et la quatrième paire de pinces. N'apparaissant qu'à la ma- turité du Ver, ces deux particularités anatomiques contribuent à fixer le Ver à son hôte : les crêtes transversales jouent le rôle de « griffes » s'en- grenant entre les lamelles branchiales : d'après la disposition des fibres musculaires transversales de la « cuillère » et d'après des observations sur le vivant également, la région s'étendant entre le testicule et les rangées de pinces est susceptible d'adhérer à la surface branchiale recou- verte de mucus, à la manière d'une ventouse. La forme spécifique du Vengeron se montre toujours(absolument dépourvue de ces caractères morphologiques externes. Il nous semble exagéré de vouloir y recon- naître l'explication de la fréquence plus élevée du parasite chez la Brème que chez le Vengeron, d'autant plus que, chez la forme spécifique du Vengeron, un effet compensatoire se manifeste par des pinces de dimen- sions plus grandes. JJ'asymétrie du hapteur Comme l'observe Owen (44), l'asymétrie du hapteur et du cotylo- phore s'observe régulièrement chez le Ver adulte (quel que soit l'hôte), asymétrie découlant du fait que les deux rangées de pinces d'un Ver occupent des niveaux différents à la surface de la lame branchiale. Les plans de symétrie des deux rangées de pinces restent parallèles à l'axe de la lame. Le cotylophore de ce fait est étiré obliquement ainsi qu'il ressort de la figure 11. Llewellyn (39) signale une asymétrie semblable chez Discocotyh. Mais, alors que chez l'hôte (Salmo trutta) de ce Mono- gène, l'étroitesse des lames branchiales ne semble pas permettre la fixation d'une paire (homologue ou non) de pinces sur un même niveau lamellaire (cause directe de cette asymétrie), chez Diplozoon, le manque de place pour deux rangées de pinces fixées de front sur la même lame branchiale, ne peut être que rarement invoqué; dans la majorité des cas 81 — Fig. 11. Par sections transver- sales dans Parc branchial. deux lames branchiales ont été disséquées, qui portent un couple de Diplozoon adulte, fixe sur une seule lame. Parasites spécifiques : en A, du Vengeron (absence de « cuillère », pinces bien développées) ; en B, de la Brème (« cuillère » et crêtes transversales présentes, pin- ces peu développées). Les pinces sont vues « par trans- parence ». en effet, la quatrième pince de la rangée postérieure agrippe les mêmes lamelles branchiales que la première pince de la rangée antérieure. Quelle est alors la raison du décalage des rangées de pinces chez Diplozoon ? On observe tout d'abord que lorsque le couple est fixé sur une même lame branchiale, la rangée antérieure de pinces occupe régulièrement Ie bord externe — côté fente branchiale — de la lame, alors que la rangée postérieure est fixée sur le bord interne — côté septum interbranchial. Les hémibranchies externe et interne d'un même arc peuvent servir de support au couple : l'attitude décrite ci-dessus est la même dans l'un et l'autre cas. On comprend que les parties postérieures des partenaires d'un couple campé sur la selle que lui offre le septum interbranchial, ne puissent s'aligner avec l'axe des lames ; l'inclinaison de la moitié posté- rieure des partenaires en place sur la branchie accuse un angle de 30° à 40° par rapport à l'axe de la lame branchiale. Le bord libre des lamelles 6 — 82 — branchiales étant perpendiculaire à cet axe, il est évident que les rangées de pinces auront à pivoter sur leur base pour compenser cet angle ; ainsi, les pinces pourront saisir correctement les lamelles. L'écartement des rangées de pinces oblige donc celles-ci à se fixer avec un certain décalage : géométriquement, l'écartement des deux rangées, le décalage entre celles- ci et l'angle sus-mentionné dépendent strictement les uns des autres. Remarquons que chez l'adulte les asymétries des régions postérieures des deux individus d'un couple fixé sur une même lame branchiale offrent une symétrie bilatérale par rapport an plan de symétrie passant par la lame. L'asymétrie de la région postérieure disparaît totalement chez les Vers fraîchement détachés de la branchie et projetés à la pipette dans un fixateur chaud. Pour conserver l'asymétrie, il sera nécessaire de congeler la branchie infestée puis de la dégeler dans un fixateur. L'asymétrie, n'est donc pas anatomique ; elle est secondairement induite par la posi- tion du Ver sur son hôte et par l'inclinaison des parties postérieures des deux partenaires, résultant de l'accouplement permanent. Elle peut être facultativement « droite » ou « gauche ». L'asymétrie du cotylophore des Diporpas s'observe rarement : elle paraît être induite par les mouvements des larves, postérieurs à la mort de l'hôte. Tératologie du hapteur Hormis l'unique cas d'un organe buccal atrophié, rencontré chez un jeune couple, aucun caractère tératologique touchant d'autres régions que le hapteur n'est à signaler. (Nous reparlerons de tératologie à propos d'œufs issus d'adultes détachés expérimentalement de la branchie.) Ce n'est que vers la fin de nos recherches que nous nous sommes rendu compte de l'intérêt que pouvait représenter l'étude rigoureuse de la fréquence des différentes anomalies en relation avec le conditionne- ment externe, l'origine et l'âge du matériel considéré. Dans les conditions naturelles, les malformations du hapteur sont plus rares que dans celles du laboratoire. Une basse température, lors de l'embryogenèse, est un facteur évident, responsable des diverses mal- formations du hapteur. Ainsi, par exemple, l'incubation des œufs, retardée dès la ponte par un abaissement de la température à 4° C, induit des anomalies numériquement proportionnelles à la durée du séjour en glacière (pouvant atteindre environ Ie tiers des larves encore susceptibles d'éclore après 2 mois et demi de ce traitement !) ; les températures de 23° C et plus durant l'incubation semblent également favoriser les mal- formations du hapteur. Il n'est pas exclu que les malformations observées relèvent parfois de causes génétiques. Pourtant, nous inclinons à croire que Ia grande majorité d'entre elles — sinon toutes — dérivent de facteurs externes dont l'incidence eut lieu dans la période embryogénique. Les causes telles que lésions superficielles dues â des agents externes (débris de coquil- lages, Saprolegnia, etc.) nous semblent être à rejeter. — 83 — L'armature anormale paraît être un facteur important défavorisant Ia survie du parasite. En effet, sur plusieurs centaines de Vers examinés, quatre partenaires adultes seulement ont été trouvés porteurs d'un seul crochet (trois d:entre eux présentaient conjointement une malformation d'une pince de la première paire) : chez Foncomiracidium, la formation aberrante de l'armature représente le caractère tératologiquc le plus fréquent. Les anomalies « par excès » sont plus rares que celles « par défaut », les duplications bilatérales étant tout à fait exceptionnelles. La figure 12 représente les différents types de malformations des crochets observés. Les cas de tératologie du hapteur chez l'adulte se laissent classer de la manière suivante, selon leur fréquence d'apparition : 1° malformation d'une des deux premières pinces {A et B, fig. 12) : 2° malformation d'une pince de Ia deuxième paire ; 3° développement incomplet d'une pince (souvent de Ia troisième paire); 4° absence d'une pince (il est impossible de préciser laquelle) sur Tune des deux rangées. Aucune malformation symétrique des pinces n'a été découverte si ce n'est le développement incomplet bilatéral de la quatrième paire chez un partenaire d'un couple de deux ans au moins, trouvé sur une Brème. Enfin, à propos de la pince, aucun cas de tératologie « par excès » n'a pu être décelé, ce qui démontre à quel point la fixité dans Ia détermi- nation génétique du nombre de pinces (quatre paires) est rigoureuse chez les Discocotylidés, contrairement à ce que l'on rencontre chez Diplotrema Tripathi et autres Microcotylidés et Gastrocotylidés. L'appareil digestif Anatomie et histologie L'appareil digestif se compose de la bouche, d'un vestibule péri- pharyngien, du pharynx et de l'intestin. — 84 — La bouche et ses annexes La bouche (fig. 13) est ventrale et subterminale. Au repos, la lèvre inférieure affecte la forme d'un U, dont l'extrémité des branches atteint le niveau antérieur des organes buccaux, lorsqu'on observe le Ver par sa face ventrale. Ces organes chez les Monogènes ont: été plus d'une fois assimilés aux ven- touses buccales des Trématodes. Ils s'en distinguent pourtant fondamentalement. ne serait-ce que par leur histologie et leur physiologie (voir ci-dessous). Afin d'éviter les confusions, nous leur réservons ici le terme, peu qualificatif il est vrai, d'or- ganes buccaux. Les organes buccaux, de forme exté- rieure sphéroïdale, sont constitués d'un tissu fibreux forme de prismes de dis- position radiaire, contractiles (leur con- tractilité a été démontrée in vitro par l'action de l'ATP : méthode, cf. p. 77), s:étendant entre deux limitantes anhistes, externe et interne ; la lumière de l'organe buccal est délimitée par la cuticule recou- vrant la limitante interne. On le voit, la structure de cette formation rappelle celle de l'organe cupuliforme de la pince. N'ayant pu comparer l'ultra structure des prismes des organes buccaux avec celle des prismes constituant la paroi de la pince, nous nous abstenons de nous pro- noncer sur les éventuels effets de conver- gence ou sur la stricte identité histolo- gique de ces éléments contractiles. Fig, 13. Schéma de la musculature de l'extrémité antérieure reconstituée sur la base tic coupes sériées sagittales. A : sur le plan de symétrie bilatérale ; B : au niveau d'un organe buccal. L'organe cupuliforme de la pince est en connexion avec des cellules neuro musculaires, alors que chez l'organe buccal les fibres nerveuses s'insinuant dans le tissu fibreux semblent provenir directement des ramifications de troncs nerveux secondaires, issus eux-mêmes des centres ganglionnaires post-pharyngiens. Il n'existerait donc pas de relais inter- médiaires assurés par des cellules de type neuro mu seul aire. — 85 — La cavité des organes buccaux, polyédrique, recèle un bourrelet en fer à cheval appliqué sur la membrane interne (fig. 14), à moins qu'il ne s'agisse d'un épaississement de cette dernière ; une fine cuticule recouvre cette formation énigmatique. Fig. 14. A : coupe sagittale au niveau d'un organe buccal, passant par l'épaississement en fer à cheval. Au-dessous, légèrement à gauche, une connexion nerveuse se rendant au tissu prismatique. Les flèches indiquent le plan de coupe, en B. B : coupe oblique antéro-postérieurc de la région eéphaîique au niveau des organes buccaux. On dis- tingue vcntralcmciit le passage du vestibule péripharyngien à la cavité buccale. — d : extrémité supérieure du canal bucco-intestinal. Lc diamètre des organes buccaux, de 25^ chez l'oncomiracidium, atteint, chez les adultes de 2 ans au moins, 105,« (forme inféodée au Vengcron) et 150 /t (forme inféodée à la Brème) (cf. fig. 38). Un canal, virtuel au repos, dont la lumière difficile à définir donne l'impression d'être obstruée par de minuscules villosités orientées d'avant en arrière, fait communiquer la cavité buccale proprement dite avec le vestibule péripharyngien (région limitée par une ligne de traits inter- rompus, fig. 13 A). Le vestibule péripharyngien Cette cavité (vp, fig. ]5) est rarement virtuelle ; au repos, elle prend l'aspect d'une cloche coiffant l'hémisphère antérieur du pharynx. Le vestibule péripharyngien est délimité par un plafond concave, percé en son contre du canal virtuel mcLtant le vestibule en communication avec la cavité buccale ; le canal bucco-intestinal débouche sur le côté ventral de cette cavité (voir plus loin). Enfin, par le centre de son plancher convexe, Ie vestibule péripharyngien est en relation avec la lumière pharyngienne. — 86 — Le pharynx Lc pharynx est subspliériquc. Il est traversé dans le sens antero- postérieur par un canal, virtuel au repos, reliant le vestibule péri- pharyngien à rintestin. La figure 16 rend compte de sa structure histo- logiquc : entre deux couches de fibres musculaires circulaires concen- triques, reliées par quelques faisceaux musculaires d'orientation radiaire (dans l'hémisphère antérieur principalement), s'interposent des cellules glandulaires piriformes. Celles-ci semblent prendre naissance dans le tiers postérieur du pharynx, s'accroître et déverser, à maturité, leur sécrétion à l'entrée du canal pharyngien. Il est difficile sur coupes de retrouver les fibres musculaires longitudinales très ténues qui, sur le — 87 — Fig. J 6. D'une même série de coupe? transversales, demi-pharynx vus. à gauche, au quart postérieur, à droite, juste au-dessous de l'extrémité antérieure du canal pharyngien. En surfaces pointillées ovalaircs, les glandes pharyngiennes dont on discerne un canal sécréteur à droite. vivant, semblent se situer à la périphérie du pharynx. Lc revêtement de la lumière du pharynx, d'épaisseur irrégulière (est-il de nature cuticu- Iaire ?). forme, à la partie antérieure de l'organe, un anneau au diamètre variable suivant les contractions de la musculature pharyngienne ; cet anneau est fort bien visible sur le vivant, chez les individus jeunes surtout. Le diamètre du pharynx atteint 33 à 35/i chez l'oncomiracidium et, chez les adultes de 2 ans au moins. 65 a (forme inféodée au Vengeron) et 85 il (forme inféodée à la Brème) (cf. fig. 38). — 88 — LHntestin L'intestin fait suite au pharynx sans interposition d'œsophage nette- ment différencié. Rectiligne et médian chez le Ver non mature, il est repoussé latéralement par les organes reproducteurs chez l'adulte. II se termine en cul-de-sac (les Monogènes sont dépourvus d'anus) au niveau ties deux dernières paires de pinces environ. De nombreux divertîcules s'en échappent (fig. 17) ; on y distingue : Fig. 17. Morphologie schématique du tube digestif, a : l'une des anastomoses reliant les tubes digestifs des partenaires du couple ; cb : cavité buccale ; dma : canal bucco-intestinal; do: diverticule ovarien ; dp : divcrticules postérieurs ; dpp : diverticules pcripbaryngicns ; dv: divcrticules disposés en réseau au niveau des vitellogènes. A) Le canal bucco-intestinal ; normalement virtuel, il relie ventralement l'intestin au vestibule péripharyngien (fig. 14B). B) Les divcrticules péripharyngiens ; leur nombre n'est pas constant en raison de la propension qu'ils montrent à confluer en une seule poche chez les individus de grande taille surtout. C) Les nombreux diverticules s'insinuant dans la masse des vitellogènes : au début de leur formation, chez le très jeune couple, ces diverticules rayonnent tout autour de l'axe intestinal. Par Ia suite, la partie antérieure du Ver se développe de manière à prendre la forme d'une feuille lancéolée dont la nervure principale représenterait le tube digestif initial et les nervures secondaires les diverticules s'insinuant dans la masse des vitellogènes. Ceux-ci disposés irrégulièrement de part et d'autre de la lumière digestive principale, s'étendent perpen- diculairement à cette dernière. D'après les rares dénombrements exacts que nous avons pu faire chez l'adulte, le nombre total de ces diverticules s'élève à 30-35. Dès que les vitellogènes se différencient chez le jeune couple, ces diverticules s'anastomosent entre eux pour former, chez l'individu mature, un réseau dont les mailles sont occupées principalement par les follicules vitellogènes. Bull. Sor. neuchâtel. Sri. nat., 90, 1967 Planche II Fig. 18. Coupes transversales au niveau où le canal génito-intestinal s'abouche avec l'intestin. Kn A, le canal (cg) est encore individualisé. Kn B (coupe suivante), on devine le heu de confluence indiqué par la flèche ; cd : canal déférent ; cg : canal génito-intestinal ; i : intestin ; ov : ovaire ; u : utérus ; vi : vitelloducte. BuU. Soc. neuchâtel. Sci. nat., 90, 1967 Planche III Fig. 19. Coupe dans la région de la soudure, passant par les deux anastomoses que l'on voit traverser la lame musculaire commune aux deux partenaires. (Voir le texte). Fig. 20. Ultrastructure des vésicules phagocytaires des cellules intestinales. On discerne les cristalloïdes pigmentaires dérivant de l'hémoglobine de l'hôte. X 16.000. Cliché : Centre de Microscopie électronique de l'Université de Lausanne. — 89 — D) Le diverticule ovarien; se prolongeant dans Ia partie postérieure, l'intestin, simple et médian au départ, enveloppe l'ovaire dans sa portion antérieure puis bifurque en deux branches. L'une, le diverti- cule ovarien, gardant sa position médiane, reste appliquée contre l'ovaire et se termine généralement au niveau de la partie postérieure de ce dernier, côté ventral ; c'est dans cette région que le diverticule ovarien s'abouche au canal génito-intestinal (fig. 18 et 28). L'autre branche, principale, chemine en direction diamétralement opposée ; elle contourne latéralement le testicule pour reprendre la ligne mé- diane, en arrière des organes reproducteurs. Il arrive parfois que le diverticule ovarien s'anastomose à la branche principale en arrière du testicule ; mais dans la majorité des cas, le diverticule ovarien est peu développé, ne longeant l'ovaire que sur la moitié ou les trois quarts au plus de sa longueur. La variabilité mor- phologique de ce diverticide chez les formes infestant le Vengeron et la Brème, nous pousse à considérer avec scepticisme les clés de détermination (Chauhan (11) par exemple), utilisant le caractère de la présence ou de l'absence d'un anneau intestinal entourant les organes reproducteurs chez certaines espèces du genre Diplozoon. E) La double anastomose qui relie les deux tubes digestifs au niveau de la soudure unissant les partenaires d'un couple (fig. 19). F) Les diverticules postérieurs, en nombre inconstant ; Bychowsky et Nagibina (10) considèrent le caractère de l'anastomose des diverti- cules postérieurs comme spécifique de la forme infestant la Brème. Celle-ci, en l'occurrence, provient de cours d'eau se jetant dans le Golfe de Finlande. Le tube digestif de ces Vers, dans la région de la « cuillère » se présente alors comme un réseau déterminé par quelques travées parenchy mate uses transversales ; nous n'avons observé cette particularité qu'à de très rares reprises sur les Vers parasites de la Brème de nos trois lacs subjurassiens. La disposition des diverticules postérieurs permet pourtant de déter- miner sans l'ombre d'un doute la provenance des individus adultes de notre région, comme le montre la figure 21. Goto (28) avait reconnu en 1894 déjà les deux types de parois intes- tinales chez les Monogènes. L'un (chez les Monopisthocotylea) consiste en une couche epitheliale prismatique ; l'autre (chez les Polyopisthocotylea) est formé d'une assise de cellules très aplaties. C'est ce dernier type de paroi que l'on rencontre chez Diplozoon. Outre ces cellules aplaties, coexistent chez le Ver ayant absorbé du sang de l'hôte, des phagocytes que Baer et Etjzet (4) dénomment cellules pigmentaires (traduction de « pigment cells »,.Llewellyn (35)). Nous maintiendrons ici ce terme de cellules pigmentaires bien qu'il se soit avéré que ces cellules ne synthé- tisent pas le pigment qu'elles contiennent, mais l'absorbent par phago- cytose ; lorsque les fonctions précises de ces cellules seront établies, il conviendra de leur attribuer une dénomination définitive. Les cellules — 90 — Fig. 21. Disposition des diverticules intestinaux de la région postérieure chez les parasites : A : du Vengeron ; B : de la Brème ; do : diverticulc ovarien ; ov : ovaire : t : testicule. Les Vers sont pressés entre lame et lamelle. pi gm entai res, sphériques lorsqu'elles sont libres dans l'intestin ou alors aux contours irréguliers, lorsqu'elles sont adhérentes à la paroi intesti- nale, mesurent de 15 à 25/t de grand axe. On les rencontre le plus souvent partiellement enfoncées dans le parenchyme sous-jacent à la très fine assise cellulaire de la paroi intestinale. Parfois, elles font saillie dans la cavité digestive et, rarement, circulent de manière passive dans l'in- testin, véhiculées par le contenu de celui-ci. Les clichés d'ultrastructure montrent que ces cellules sont hérissées de fins pseudopodes ; elles recèlent de très nombreuses vésicules phagocytaires contenant des cor- puscules électroniquement denses, d'aspect cristalloide (fig. 20). Dc tels « microcristaux » se rencontrent également à l'état libre dans les fluides intestinaux. Eléments de physiologie de l'appareil digestif Mécanisme de la déglutition L'eau du milieu extérieur emplit normalement les cavités de la bouche et des organes buccaux. Il revient au canal virtuel, s'interposant entre la cavité buccale et le vestibule pèripliaryngien, le rôle d'assurer, au repos, la non-communication de la cavité digestive avec le milieu extérieur. — gi- ll est absolument exceptionnel de trouver sur coupes ce canal bucco- vestibulaire béant {fig. 22) : pourtant, aucun sphincter n'a pu être décelé dans cette région. Lc vestibule péri pharyngien contient normalement un liquide hyalin. Il est très rare, même après une régurgitation, de rencontrer des éléments figurés du contenu intestinal, baignant dans ce liquide: on peut. se demander si ce dernier ne représente pas en partie ou en totalité la sécrétion des glandes pharyngiennes : pourtant, si le pharynx est effec- tivement protraete jusque sur l'épithélium branchial lors de la déglu- tition, on ne saisit pas d'emblée le rôle de cette sécrétion déversée dans le vestibule. La sécrétion des glandes pharyngiennes, après fixation au Bouin- Hollandc, prend un aspect finement granuleux. Elle laisse supposer un effet enzymatique, vraisemblablement hémolysant. Selon Halton et Jennings (30) : « there is no evidence indicating the use of histolytic secretions to effect rupture of the gill capillaries. » Nous retrouvons à propos de l'appareil buccal la remarquable adap- tation au tissu branchial que nous signalions chez le hapteur. On discerne dans la figure 23 les deux faisceaux musculaires latéraux et superficiels dont la contraction ouvre la bouche en écartant les deux commissures labiales. La bouche est alors prête à saisir le bord libre d'une lamelle branchiale. Il ne semble pas que de gros Vers puissent enserrer dans leurs lèvres plus d'une lamelle à la fois. Quant aux larves nouvellement fixées sur des hôtes de forte taille, il est évident que leurs bouches ne s'appli- queront que sur une infime fraction du repli epithelial recouvrant la lamelle. L'étirement transversal de la cavité buccale s'accompagne de mouvements de rotation des deux organes buccaux dont les ouvertures. se faisant presque face au repos, s'orientent alors en direction antérieure. — 92 — Fig. 23. Musculature superficielle et profonde de l'extrémité antérieure, dessinée d'après une préparation totale. Les prismes des organes buccaux ont été omis pour ne pas charger la figure. La bouche est ici mi-ouverte et le pharynx légèrement contracté. Ceux-ci sont alors en mesure d'assumer leur fonction qui consiste à fixer solidement l'extrémité antérieure du Ver à la surface branchiale. Simul- tanément, les deux branches musculaires longitudinales et dorsales s'insérant à l'apex de l'extrémité antérieure (fig. 13 B) escamotent plus ou moins la protubérance terminale en se contractant : l'extrémité anté- rieure du Ver s'élargit ainsi, latéralement surtout. Il semble que cette contraction de la musculature longitudinale dorsale contribue encore à dilater la cavité buccale et à écarter aussi quelque peu les deux organes buccaux l'un de l'autre, infléchissant l'extrémité antérieure du Ver en direction dorsale. Ainsi, le pharynx, protracté antérieurement par une musculature médiane très déliée visible en figure 13 A, peut accéder à la surface de !'epithelium branchial" après s'être engagé au travers du canal bucco-vestibulaire. C'est donc le pharynx et plus précisément l'anneau de son ouverture antérieure — mieux visible chez la Diporpa que chez l'adulte — qui détermine la rupture de Fépithélium de la lamelle (fig. 23); l'anneau, comme on peut s'en rendre compte sur la figure 16, côté droit, repose sur une forte assise de fibres musculaires annulaires. Enfin, l'ensemble de la musculature circulaire du pharynx doit assurer Tin- gestion des fluides alimentaires par des mouvements péristaltiques. Dans un tout autre ordre d'idées, il convient de remarquer que les organes buccaux ne limitent pas leurs fonctions à fixer l'extrémité du Ver pour permettre la déglutition ; au stade de Diporpa, ces organes jouent un rôle essentiel dans Ia locomotion à la surface de la branchie. La larve déambule alors à la manière d'une Chenille arpenteuse. Fort de ces observations, Price baptise du nom de prohapteur, l'ensemble de cet appareil qui fixe de façon parfois totale et toujours intermittente l'Helminthe à son hôte. — 93 — Mécanisme de régurgitation La régurgitation, phénomène normal chez les Monogènes, représente le seni mode d'élimination des substances non absorbées par l'intestin. Par la contraction des différents systèmes musculaires de la partie anté- rieure, les liquides intestinaux sont refoulés dans les diverticules péri- pharyngiens qui, par l'opacité de leur contenu, masquent plus ou moins le pharynx. Ainsi, les diverticules péripharyngiens stockent momenta- nément les fluides à régurgiter. Puis, à la faveur d'une brusque contrac- tion de l'extrémité antérieure, les fluides empruntent le canal bucco- intcstinal pour parvenir dans la cavité buccale et sortir par la bouche en un jet fin et continu. La régurgitation achevée, la partie antérieure se décontracte généralement durant quelques secondes. « Il ne paraît exister aucune communication entre le corps conique » (Je pharynx) « et le canal intestinal, puisque dans les vomissemens, tant volontaires qu'artificiellement produits au moyen de la pression, vomis- semens que l'on a très souvent observés, la matière rouge contenue dans les intestins ne sort jamais par le canal qui traverse le corps conique ». Ainsi s'exprimait von Nobdmann en 1832 (43). Depuis lors, personne à notre connaissance n'a signalé chez les Poiyopisthocotylea parasites de Poissons le fait que le flux de régurgitation emprunte une autre voie que le pharynx pour passer de Tintestin dans la cavité buccale. Lc terme de canal bucco-intestinal est usité pour la première fois par J. B. Williams (62) qui décrit cette disposition anatomique chez Polystoma. Ozaki la mentionne en 1935 chez Diplorclu's ranae. Johnston en 1912 chez Para- polystomum bulliense. Récemment enfin, Combes (12) retrouve ce canal chez des néoténiques de Polystoma. La régurgitation dans les quelques secondes qui suivent l'extraction de l'adulte constitue le meilleur critère de la pleine vitalité de celui-ci. Compléments divers Le réseau que forment les diverticules intestinaux au niveau des vitellogènes est le siège de remaniements constants en relation avec Ie détachement et la reformation des cellules vitellines : ces modifications se traduisent par l'apparition de travées intestinales nouvelles, proba- blement préformées à l'état virtuel. Sous les effets des pressions partielles auxquelles sont soumis les liquides intestinaux par la contraction des musculatures transversale et périphérique, ces travées deviennent brus- quement fonctionnelles et relient les diverticules intestinaux entre eux. Ainsi, le tube digestif se moule en quelque sorte autour des follicules vitellogènes et entretient des surfaces d'absorption considérables et per- manentes dans le voisinage des cellules vitellines en formation. La double anastomose (fig. 19), reliant les tubes digestifs des deux partenaires d'un couple, apparaît chez le couple immature déjà. Nous la signalions en 1961 (7) chez le parasite de la Brème. Depuis, nous l'avons retrouvée, en tout point semblable, chez le parasite du Vengeron. Halton et Jennings (29) indiquent à propos des intestins du couple que _ 94 — « ..., the two caeca unite by a median canal, ... » chez la forme inféodée au Vairon. Chez nos formes, cette double anastomose est induite par le mode d'accouplement réalisé (soudure des deux flancs, soit droits, soit gauches). On observe parfois qu'un des deux partenaires se refuse à ré- gurgiter après l'extraction du couple. (La régurgitation est un réflexe normal à ce moment-là.) Les contractions musculaires du Ver réfractairc à la régurgitation refoulent le plus souvent les fluides intestinaux par la double anastomose, dans le tube digestif du partenaire. Théoriquement, le couple pourrait être nourri par une seule des deux extrémités anté- rieures. Pour tenter de démontrer cette possibilité par l'expérience, nous avons cautérisé une extrémité antérieure par couple chez une dizaine de Vers-adultes in situ (Brème). Malheureusement, les couples en question se détachèrent rapidement de la branchie. La cause du détachement de l'Helminthe proviendrait de ce sévère traumatisme plutôt que de la sous- nutrition d'un partenaire. Le terme de granules pigmentaires, utilisé par Baer et Euzet (4) (traduction littérale de « pigment granules », Llewellyn (35) ), désigne plutôt les vésicules phagocytaircs (diamètre 1 /j, environ) que les « micro- cristaux » eux-mêmes (dimension 0,1 /n environ). Par ailleurs, il est admis que ce pigment représente de l'hématine. Du fer entre dans la composition des microcristaux comme en témoigne leur densité sous le flux d'électrons. On sait pourtant que l'hématine ne parvient à cristal- liser que dans des conditions particulières, de pureté notamment, appa- remment non réalisées dans le milieu intestinal du Ver. S'agirait-il plutôt de composés tels que l'hémosidérine ou l'hémérythrinc par exemple ? Quoi qu'il en soit, nous partageons les vues de Llewellyn ; que les Polyopisthocotylea et Diplozoon en particulier soient hématophages n'est plus une présomption. On y trouvera une nouvelle confirmation dans l'observation de noyaux ovalaires d'érythrocytes de l'hôte que nous avons trouvés dans l'intestin de Vers très fraîchement fixés, noyaux caractéristiques ne pouvant être confondus avec ceux d'autres tissus. Selon Halton et Jennings (30), le régime alimentaire de Diplozoon se compose non de sang seulement mais encore de tissu branchial, de cellules epitheliales et de mucus. Pour saisir le mode normal d'élimination du pigment, il faudrait connaître la nature des régurgitats normaux, c'est-à-dire non déterminés par des agents externes. Si, dans une certaine mesure tout au moins, les cellules pigmentaires représentent de fait un agent éliminant de l'intestin le pigment qui s'y accumule, la présence d'un ergastoplasme abondant contenu dans ces phagocytes laisse imaginer que ces derniers assument également d'autres fonctions digestives importantes (fig. 20). Signalons l'existence sporadique plus fréquente, durant les mois d'hiver, de cristaux aciculaires atteignant ou même dépassant 100 /â de longueur, disséminés dans la lumière intestinale. La régurgitation de ces cristaux se fait sans efforts apparents et ces fines paillettes se dissolvent instantanément dans l'eau ambiante. Selon Halton et Jennings, ces cristaux seraient composés d'hémoglobine libérée après l'hémolyse, et concentrée par absorption d'eau, dans les premiers stades de la digestion. — 95 — Le problème des symbiontes chez Diplozoon Llewellyn {36) formule l'ingénieuse hypothèse de bactéries sym- biotiques hébergées par les Monogenes hématophages. On sait que ces Vers sont pourvus d'un canal gcnito-intestinal qui, selon l'auteur précité. permettrait aux bactéries de parvenir dans les ceufs en formation. Ainsi les oiicomiracidiums seraient nantis de leurs symbiontes avant même de se fixer sur leurs Ilotes. Leurré par les mouvements browniens que présentent les granulations pigmentaires de l'intestin, nous avons voulu éprouver le pouvoir hémo- lytique de ces prétendues bactéries symbiotiques. Des géloses au sang de Brème (5 % de sang), d'autres additionnées de glucose, vitamines du complexe B et peptones, ont été versées en tubes et boîtes de Pétri. Pour tenter de différencier les saprophytes des formes symbiotiques, nous avons ensemencé ces milieux avec le mucus branchial d'une Brème pour une série, et les régurgitats de ses parasites additionnes des produits de dilacération des vitellogènes, pour une autre. De multiples formes saprophytiques furent ainsi obtenues sur tous les milieux ensemencés. Pourtant, aucune d'entre elles ne fut à même d'iiémolyser les géloses rouges. Toutes ces colonies proviennent sans aucun doute des germes normaux installés dans le mucus branchial de l'hôte et à la surface de la cuticule des Vers. Par la suite, les clichés d'ultrastructure du tube intestinal ne révé- lèrent aucune image de symbiontes de type bactérien chez Diplozoon. Nous soulignons que par leur caractère particulier, ces observations n'infirment aucunement l'hypothèse de Llewellyn. Puissent-elles inciter de futures recherches dans ce sens chez les formes marines, dont les processus enzymatiques diffèrent peut-être sensiblement de ceux des formes dulçaquicoles. L'appareil excréteur La topographie des canaux excréteurs et des protonéphridies est actuellement encore mal connue chez les larves libres des Monogènes. De ce fait, il est difficile de présumer de leur importance du point de vue taxonomique. (On sait que chez les Digènes, sous-classe sans affinité avec les Monogènes, la systématique au niveau des ordres est basée en partie sur les caractéristiques du système excréteur.) Il est indispensable pour de telles études de disposer de matériel vivant, c'est-à-dire, pour les Monogènes, de procéder à l'incubation des ceufs in vitro. L'étude sur le vivant de l'appareil excréteur se heurte invariablement à l'opacité du parenchyme au sein duquel il prend naissance et, chez l'adulte, à la réfringence des vitellogènes et à la pigmentation du tube intestinal. Mentionnons à ce propos les fructueuses observations faites sur des couples adultes en sous-nutrition provenant des branchies de Brèmes en anoxémie progressive après un jeûne d'une dizaine de mois à 10° C. (Les Vers sont montés vivants entre lame et lamelle en eau dis- tillée ou en solution de Ringer.) — 96 — La protonéphridie Telle que la montrent les clichés d'ultra structure, la cellule protoné- phridienne présente un noyau lenticulaire coiffant le fond de la dépression ampullaire qui se poursuit par le canalicule excréteur. Une touffe de cils vibratiles s'insère sur le fond de la dépression ; les coupes transversales montrent que la touffe de cils vibratiles est entourée de microvillosités. Une « membrane » double enserre la masse des cils au niveau des micro- villosités les plus externes ; plus exactement, deux « gaines » concen- triques relient certaines microvillosités entre elles de manière à former un manchon enveloppant les cils vibratiles (fig. 24). Il est prématuré de considérer cette formation comme un organe dialyseur, d'autant plus que sa nature discontinue se laisse difficilement homologuer à une mem- brane, cellulaire ou non. L'ultrastructure des cils vibratiles est dite hendecanème, c'est-à-dire composée de neuf fibres périphériques doubles centrées autour d'un couple de fibres, généralement doubles ; cette structure classique fut décrite à maintes reprises, tant sur matériel végétal qu'animal (3 et 23). Chez roncomiracidium, Ia présence de protonéphridies n'est pas constante et semble dépendre des conditions d'incubation. A quelques très rares reprises, pourtant, il fut possible d'en dénombrer sept à la fois d'un même côté, ce qui porte leur nombre total à 14 et confirme ainsi le plan de répartition des canaux excréteurs de la larve libre, publié en 1959 (6). La localisation des protonéphridies de roncomiracidium est indiquée aux figures 25 et 30. Dès qu'elle est fixée à son hôte, la larve voit le nombre de ses proto- néphridies s'élever rapidement : une Diporpa à trois paires de pinces (âgée de 40 à 50 jours environ) en compte une trentaine dans la seule région du hapteur, alors que l'adulte en présente plusieurs centaines. II semble que leur répartition soit rigoureusement symétrique. La disposition des canaux excréteurs Comme il est de règle chez les Monogènes, l'appareil excréteur com- porte deux systèmes symétriques gauche et droit. Les pores excréteurs latéro-dorsaux se situent antérieurement au pharynx chez l'oncomira- cidium, postérieurement à celui-ci chez la Diporpa à trois paires de pinces et chez l'adulte. Chez roncomiracidium, quatre protonéphridies antérieures déversent leurs liquides d'excrétion dans un canal antérieur qui longe la larve laté- ralement et dans le sens antéro-postérieur ; parvenu au tiers inférieur de la larve, ce.canal s'infléchit (point a, fig. 25) pour parvenir au pore excréteur. Au point d'inflexion (point a), parvient un canal postérieur drainant les produits excrétés par les trois protonéphridies postérieures. Au point de jonction entre le canalicule de la protonéphridie située sous la pince et le canal desservant les deux autres protonéphridies Bull. Soc. neuchâtel. Sci. nat., 90. 1967 Flanche IV Fi(J. 24. Coupe transversale d'une protonéphridie. Au niveau des microvillosités en- tourant les cils vibratile«, une « double membrane » définit un manchon cylindrique. 2:5.190. Cliché : Outre de Micru-cnpic électronique de l'Université de Lausanne. — 97 — Fig. 25. Répartition des canaux excréteurs principaux: A: chez Foncomiracidium: B : chez l'adulte ; a et b : voir le texte. postérieures (point 6, fig. 25), un canal connectif impair unit les deux systèmes excréteurs gauche et droit. A vrai dire, ce canal ne s'observe que rarement chez l'oncomiracidium ; par contre il est fonctionnel chez la Diporpa et chez les couples immatures ; nous ne Pavons observé nette- ment que chez deux individus, qui, âges de deux ans au moins, prove- naient de la Brome. Chez la Diporpa, puis chez l'adulte, on retrouve la même topographie des canaux excréteurs mais se compliquant progressivement par l'appa- rition de canaux et de protonéphridies supplémentaires. C'est à partir des canalicules des protonéphridies que s'effectue le développement ultérieur de l'appareil excréteur : un réseau excréteur périphérique se constitue par de nombreuses anastomoses (fig. 26). Ce réseau, extrêmement complexe et vraisemblablement asymétrique, relie finalement les svstèmes excréteurs gauche et droit, dans les parties Fig. 26. Différents éléments du système excréteur de la région postérieure du Ver. c : cuti- cule ; et : canaux profonds drainant les produits amenés par le réseau des canalicules superficiels; esp: canal posté- rieur ; p : protonephridie : r : canalicule du réseau super- ficiel. (Chambre claire.) — 98 — antérieure et. postérieure des individus adultes (la bride connective impaire signalée plus haut n'aurait, dès lors plus sa raison d'être et régresserait à ce moment). Nous n'avons jamais observé de communication ni péri- phérique, ni profonde, d'un partenaire du couple à l'autre. D'autre part, la figure 25 fait état de l'extension considérable (a-b) que doit acquérir le canal postérieur dans le développement post- embryonnaire, par rapport au canal antérieur, entièrement préformé. Ce phénomène souligne nettement l'élongation que subit la partie posté- rieure du Ver sous les effets du développement de l'appareil reproducteur et du parachèvement du hapteur en direction centripète. Des plages de cils vibratiles, s'insérant à la surface interne des canaux excréteurs principaux, occupent des niveaux bien déterminés du par- cours de ceux-ci. Les cils sont orientés de manière que leurs battements entraînent les liquides excrétés en direction du porc excréteur. Les canaux excréteurs, principaux surtout, semblent dépourvus d'élasticité : à peu près rectilignes lorsque le Ver s'étire longitudinale- ment, ils zigzaguent dans le parenchyme quand l'animal relâche sa mus- culature. Chez l'oncomiracidium nouvellement éclos, ne possédant pas encore la faculté de s'étirer notablement dans le sens de la longueur, les canaux tirebouchonnes sur eux-mêmes semblent avoir prévu les « danses » rythmiques et les contractions extrêmes de la Diporpa. Cer- tains canaux non ciliés du système périphérique, ceux notamment qui festonnent entre les deux rangées de pinces, prennent chez l'adulte l'aspect de nœuds variqueux, tant ils se plient sur eux-mêmes. Le hapteur n'est pourtant pas le siège de déformations de grande amplitude : à la vue de ces canaux, on ne peut s'empêcher de supposer un effet de surface excrétrice ou, peut-être, de régulation osmotique en cette région de fré- quente activité musculaire. ¦ C'est finalement au système excréteur qu'il nous semble actuellement le plus plausible d'annexer des corps problématiques observés dans la région céphalique, chez les Vers parasites de la Brème. Ces « organes » semblent en effet s'apparenter aux paranéphrocytes (athrocytes) des Triclades et Rhabdocoeles (25), bien que toujours uninucléés. Symé- triques et au nombre de 6 ou 8 généralement, ils sont localisés entre le pharynx et le cerveau (p, fig. 15) ; ils mesurent 70 (i de grand axe et 35 p, de petit axe et présentent une structure mal définie, qui paraît rayonner à partir de leur centre, un noyau étoile pourvu d'un gros nucléole central. Ils ne sont en relation ni avec le tube digestif qui les côtoie pourtant, ni avec la surface du corps (inutile donc de voir en eux des glandes diges- tives ou alors l'homologue des glandes de fixation, du reste antérieures aux organes buccaux, décrites par Goto (28) chez D. nipponicum). Sur le vivant, ils sont trop mal circonscrits pour que l'on puisse discerner indiscutablement des connexions les reliant au système excréteur péri- phérique. Il est un fait pourtant important à relever : la présence ou l'absence de ces formations énigmatiques représente le seul critère qualitatif observé, discriminant les formes de Diplozoon inféodées respectivement à la Brème ou au Vengeron. — 99 — Le système nerveux et les organes sensoriels Parmi Jes différentes publications relatives au genre Diplozoon, seul le travail de Goto (28) traite du système nerveux. Nos observations concordent dans l'ensemble avec celles de l'auteur japonais. Le système nerveux (fig. 27) se compose de deux masses ganglion- naires symétriques, postérieures au pharynx. Une commissure médiane en forme d;arceau à convexité dorsale relie transversalement les deux masses ganglionnaires entre elles. Fig. 27. Système nerveux tie I» région antérieure. A : de profil : B : de face. En A, le trait blanc, ovale, indique la commissure reliant les deux masses ganglionnaires. De 1 à 5, les cinq nerfs issus d'une masse ganglionnaire. (Voir le texte). Cinq paires de nerfs rayonnent à partir des masses ganglionnaires. La première paire, antérieure, est dorsale ; les nerfs qui la constituent se subdivisent en deux brandies au niveau du pharynx ; Tune d'entre elles inerve la région comprise entre le pharynx et les organes buccaux : l'autre se rend à la partie dorsale et antérieure des organes buccaux. Une deuxième paire de nerfs antérieurs est disposée latéro-ventralement à la première paire : elle parvient également à proximité des organes buc- caux. La troisième paire, latérale, très courte, se résout rapidement en de nombreuses ramifications qui s'intriquent dans la musculature péri- phérique de Ia région ccplialiquc. Les quatrième et cinquième paires se dirigent dans la partie postérieure du Ver. Deux paires de brides connec- tives les relient deux à deux peu après leur point d'attache à leurs masses ganglionnaires respectives. La quatrième paire, latcro-dorsale, — 100 — est appliquée contre la musculature périphérique ; nous avons pu la suivre sur les deux tiers environ de la région antérieure. Goto la voit se prolonger jusqu'au niveau de l'union entre les deux partenaires. Quant à la cinquième paire dont les nerfs sont de diamètre sensiblement plus fort que les précédents, elle longe latéro-ventralement la partie antérieure du Ver. Dans la région où les deux partenaires se croisent, leur cheminement devient franchement latéral, tout en restant appliqué contre la muscula- ture périphérique. Sur les coupes de la région de la soudure, on voit l'une des branches longer l'assise musculaire séparant les deux partenaires. Suivant de près le trajet des canaux excréteurs profonds, cette cinquième paire de nerfs postérieurs atteint la région du hapteur et se subdivise, au niveau des rangées de pinces, en quatre courtes branches. Nous supposons que celles-ci se rendent aux cellules neuromusculaires nombreuses dans cette région. Goto distingue 13 commissures transversales dans la partie antérieure et 2 dans la partie postérieure du Ver, reliant les nerfs de la cinquième paire. Halton et Jennings (29) indiquent un moyen de mettre le système nerveux en évidence (indoxyl acetate method for esterases) et utilisent précisément Dipìozoon comme matériel de démonstration. La photo qu'ils présentent d'une préparation totale, semble bien dévoiler la présence de commissures transversales disposées irrégulièrement. Nos investigations, basées pour la plupart d'entre elles sur des reconstitutions de coupes sériées, ne nous ont pas permis de reconnaître indubitablement la présence de ces commissures. Comme organes sensoriels, il faut citer en premier lieu les trois touffes de cils vibratiles implantés à l'extrémité antérieure de Foncomiracidium (fig. 30). Le contraste de phase permet de déceler à la surface de la cuticule de la Diporpa à deux, voire trois paires de pinces, des cils isolés, sans motilité apparente, très ténus, montés sur de petites excroissances lorsque la larve s'étire longitudinalement ; leur disposition paraît être symétrique ; quant à leur nombre, difficile à évaluer, il doit être compris entre 10 et 20. Il s'agit là, sans doute, de terminaisons sensorielles dont le rôle joué dans l'accouplement larvaire est peut-être primordial. Avec l'épaissis- sement de la cuticule chez les individus accouplés, ces organes régressent ou disparaissent sous le tégument. Faut-il voir dans les corpuscules fusiformes, logés dans certains espaces ménagés entre les prismes contractiles des pinces, des corpuscules du tact (fig. 2) ? Il est encore prématuré de se prononcer à leur sujet. Enfin, nous pensons devoir attribuer un rôle de perceptions tactiles aux nombreuses petites cellules de l'extrémité antérieure (es, fig. 1.5). Les organes génitaux La double individualité dont jouit le genre Dipìozoon suffit à motiver les nombreux travaux traitant de l'appareil reproducteur. — 101 — Von Nordmann (43) reconnaît l'hermaphroditisme du Ver. Pourtant, il prend les vitellogènes pour des ovaires ; l'œuf et son filament polaire sont considérés comme un testicule prolonge par un pénis, etc. Néan- moins. eu égard à la date de parution du travail, cette première inter- prétation témoigne d'un louable souci d'explication et d'une ingéniosité doublée d'un sens certain d'observation. En 1845, Dujardin (18) relève Terreur de von Nordmann concer- nant les œufs pris pour des testicules. Au terme d'un travail mené avec autant de rigueur et de patience que de clairvoyance, Zeller (66) propose, trente ans plus tard, une nouvelle conception de cet appareil, basée sur l'observation d'un matériel presque exclusivement vivant. Cet auteur découvre le canal déférent (que nous n'avons retrouve sur le vivant qu'à de très rares reprises, tant ce canal aux parois extrêmement fines est peu distinct) et donne de l'organisation des appareils reproducteurs une description presque par- faite ; seule méprise : l'auteur voit le canal déférent se jeter dans le canal génito-intestinal (ce dernier étant considéré comme un canal de Laurer, faisant office de vagin). Il faut dire, à la décharge de Zeller, que le canal déférent dans sa portion distale est absolument indiscernable sur le vivant. Reprenant le sujet sur une nouvelle espèce, D. nipponicum, qu'il décrit en 1890, Goto (28), le premier, décrit l'appareil reproducteur de façon rigoureuse. Par des reconstitutions à partir de coupes sériées, il parvient à suivre le canal déférent jusqu'à son abouchement sur le vitelloducte du partenaire : il dénonce ainsi la faute d'interprétation de Zeller. Il y a lieu, semble-t-il, de faire quelques réserves au sujet de la des- cription par Reichenbach-Klinke (1951) de D. barbi. L'auteur, qui évite de se prononcer quant à l'auto- ou l'nétéro-fécondation des parte- naires d'un couple, semble ignorer la présence du canal génito-intestinal : en outre, il indique une localisation du pore utérin qui surprend : « ober- halb der Saugklappen », en position ventrale semble-t-il, d'après le dessin qu'il donne d'un couple fixé (entre lame et lamelle ?) dans une posture fort contractée. Sterba (1957) puis Thomas (1957), décrivant respectivement D. tetragonopterini et D. ghanense, s'en remettent l'un et l'autre aux conceptions de Zeller : Ie canal déférent s'abouche au canal génito- intestinal 1. Datai, (1941) décrit D. indicum ; le schéma qu'il donne de l'appareil reproducteur montre un canal déférent se jetant dans l'utérus du même individu (auto-fécondation). Pourtant, sa description de l'appareil en question se superpose à celle de Goto. Enfin, Btchowsky et Nagibina (1959), exposant leurs raisons, s'en remettent aux conceptions de Goto, sans avoir, semble-t-il, analysé personnellement le problème. 1 Canal dénommé vagin par Dawes (14) et Thomas (5S). — 102 — Comme l'examen des Vers provenant de Poissons fraîchement capturés laisse à désirer, nous procédons comme suit : l'eau des bassins contenant les hôtes est élevée à 25° C durant une semaine, pour forcer l'activité sexuelle des Vers. Ainsi, les canaux sexuels, turgescents (leur lumière est d'ordinaire plus ou moins virtuelle), montrent des parois mieux dessinées, ce qui facilite grandement les reconstitutions basées sur coupes sériées. Chaque Ver est hermaphrodite et féconde son partenaire (fig. 28) (7). A part les vjtellogènes, les organes reproducteurs sont compris dans la partie postérieure de l'Helminthe. L'appareil mâle (fig. 28) ne comporte qu'un seul et volumineux tes- ticule. Suivant Ia contraction des faisceaux musculaires transversaux qui le suspendent en quelque sorte, le testicule paraît plus ou moins divisé Fig. 28. Schernii des organes génitaux, élaboré par reconstitution de coupes sériées. A : croquis montrant les partenaires soudés par leurs deux flancs droits, conformé- ment au schéma B ; B : disposition des organes génitaux ; cd : canal déférent : cgi : canal génito-intestinal ; o : ovaire ; od : oviducte ; oo : ootype ; p : assise muscu- laire séparant les individus ; pu : pore utérin ; t : testicule ; u : utérus ; v : vagin ; vld : vitelloducte, — 103 — un lobes. Cette glande post-ovarienne (Discocotylinae) est située à mi- distance entre l'extrémité postérieure du Ver et la région de la soudure entre les partenaires d'un couple. Un canal déférent est issu de la partie antérieure du testicule et longe tout d'abord quelques circonvolutions du canal génito-intestinal, puis l'utérus sur lequel il reste étroitement appliqué sur la presque totalité de son parcours. Non loin du porc utérin, le canal déférent traverse l'assise musculaire frontière entre les deux partenaires : d'ordinaire, son dia- mètre ne mesure alors que 1,5 fi environ. C'est à ce niveau que le spermi- ducte s'abouche au vagin du partenaire. L'assemblage complexe des fibres musculaires, aux orientations si diverses dans cette région, rend Ia traversée de ce canal sinueuse et difficile à suivre. Canal déférent, débou- chant ventralement, et vagin, débouchant dorsalement (sur les surfaces virtuelles de soudure entre les deux partenaires), sont histologiquement de même nature. Le vagin, lors de l'activité sexuelle, augmente sensi- blement de diamètre avant de s'aboucher au vitelloducte. Il n'est pas rare de trouver alors le vagin encombré de sécrétions vitellines pouvant parfois remonter jusqu'à l'extrémité distale du canal déférent. Nous n'avons jamais observé de spermatozoïdes ou d'éléments figurés de la Spermatogenese dans le vitelloducte ou dans le vagin, ni même dans le canal déférent si ce n'est dans son extrémité proximale, juste au-dessus du testicule. La présence d'un abouchement direct entre canal déférent et vagin appelle quelques commentaires. Tout d'abord, si l'assise musculaire séparant les deux partenaires montre une extension particulière au niveau du passage du canal déférent au vagin, on ne peut toutefois discerner aucun organe copulateur noyé dans la masse des tissus, ni même aucun reliquat d'une telle formation. D'autre part, l'hypothèse proposée par Dawes (14) de pores sexuels représentés par les boutons dorsaux et les ventouses ventrales des Diporpas, nous semble plausible, bien que fort difficile à vérifier. En effet, chez un couple récemment formé par l'union de Diporpas à deux paires de pinces (ce qui est le cas le plus fréquent), les dispositions permettant l'accouplement des larves (boutons dorsaux, ventouses ventrales) entrent en régression au moment où certaines files de cellules annoncent la formation de canaux sexuels. Aucune de nos coupes sériées de couples immatures ne nous permet d'affirmer que le double emboîtement des organes d'accouplement lar- vaire représente les futurs traits d'union entre les canaux déférents et les vagins. Pourtant, il faut relever que la localisation de ces emboîtements, puis celle des passages des conduits sexuels se superposent dans le temps. Ainsi, nous ne serions pas étonné, après avoir placé deux Diporpas à quatre paires de pinces côte à côte sur une branchie, de découvrir, aussi- tôt après l'accouplement, une étroite relation entre pores sexuels et organes d'accouplement larvaires. La réalisation d'une telle tentative se heurte malheureusement à des problèmes techniques que nous n'avons pu résoudre. Goto (28) signale Ia trouvaille exceptionnelle de deux Diporpas libres, trouvées campées côte à côte sur une branchie ; mesurant 6 mm de long — 104 — en complète extension, ces « larves » possédaient quatre paires de pinces chacune et produisaient des œufs ; leurs ventouses ventrales et leurs boutons dorsaux avaient disparus. (Notons que le bouton dorsal entre en résorption dès l'apparition de la troisième paire de pinces, chez les Diporpas de notre matériel.) L'auteur regrette de n'avoir pu observer ni les organes copulateurs et les pores génitaux, ni le cheminement des canaux déférents. Les surfaces quadrillées de la figure 31 indiquent l'emplacement de gonocytes observés chez une Diporpa à quatre paires dé pinces. Il est bien prématuré, à ce stade, d'y déceler un quelconque canal sexuel. L'appareil femelle comporte un ovaire allongé et replié en U, situé dorsalement, entre le testicule et le lieu de soudure unissant les parte- naires. Les deux extrémités de l'ovaire voisinent et sont plus ou moins appliquées contre le testicule. L'extrémité proximale de l'ovaire fait preuve d'une activité caryocinétique que l'on peut considérer comme constante chez les couples âgés d'une année ou plus, parasitant des hôtes adultes. L'extrémité distale de l'ovaire se poursuit par un oviducte sur lequel débouchent tout d'abord le canal génito-intestinal, puis le vitelloducte. A l'oviducte fait suite l'ootype, lequel se poursuit par l'utérus. Ce dernier débouche à la surface du corps, côté ventral, non loin de la partie antérieure de l'ovaire du partenaire. La figure 18 montre deux photos de sections transversales dans la partie postérieure d'un Ver au niveau de l'abouchement du canal génito- intestinal avec l'intestin, document qui infirme les vues de Zeller et confirme celles de Goto. Suivant que les deux partenaires d'un couple sont soudés par leurs deux flancs gauches ou droits, le canal génito- intestinal s'abouche sur le diverticule intestinal longeant l'ovaire placé respectivement à gauche ou à droite. Le canal génito-intestinal, tire-bouchonné sur lui-même, dépourvu de toute ciliature interne, est susceptible de mouvements propres ; ceux- ci ne sont pas de type péristaltique, mais se manifestent par des dépla- cements circonvolutifs des anses. Dès mars ou avril, c'est-à-dire lorsque le Ver a recouvré sa pleine activité sexuelle, le canal génito-intestinal, jusqu'alors peu distinct, vide ou recelant quelques cellules ou globules vitellins, se remplit de sperme et fonctionne comme réceptacle séminal. Une fonction similaire de ce canal est signalée par Combes (12) chez Polystoma integerrimum pelobatis néoténique. Jusqu'à la fin de l'été, des spermatides ou spermatozoïdes, ou, le plus souvent, les uns et les autres étroitement associés (les sperma- tozoïdes paraissent dépourvus de motilité), s'accumulent dans ce canal et y forment des faisceaux ordonnés et denses au point de le remplir complètement. Comme on peut observer des spermatozoïdes dûment élaborés dans Ie testicule, il semblerait que Ia maturation du sperme peut s'effectuer soit au niveau du testicule, soit dans le canal génito-intestinal. A l'automne, lorsque l'activité sexuelle décroît, des globules vitellins ont été clairement démasqués dans le tube digestif, sur préparations totales, colorées au Fast Red salt B (32), globules vitellins rencontrés — 105 — entre autres dans les diverticules postérieurs de l'intestin ; la possibilité de passage de ces éléments par des lésions éventuelles infligées au niveau des vitellogènes est à exclure. Le seul passage connu entre les conduits sexuels et le tube digestif étant le canal génito-intestinal, ces observations paraissent bien confirmer les prévisions d'OüHNER (in Fuhrmann (25) ) concernant la fonction régulatrice du canal en question, qui consiste à décharger les canaux sexuels femelles d'un surplus de cellules vitellines. Les follicules vitellogènes occupent la partie antérieure du Ver et, caractéristique des Monogènes hématophages, sont en étroite relation avec les diverticules intestinaux. La portion distale de l'unique vitelloducte s'élargit en un réservoir vitellin replié en S, Sa contenance, chez de grands couples en période d'activé reproduction équivaut à deux à quatre fois le volume d'un œuf. Lorsqu'on place un couple vivant entre lame et lamelle, l'ootype est d'ordinaire rectiligne et repoussé sur le côté ; par contre, toutes les coupes sériées montrent que l'ootype occupe normalement une position plus postérieure ; il est alors incurvé en croissant. Après avoir libéré un œuf (en voie de formation) dans l'utérus, l'ootype est d'ordinaire le siège de ' mouvements péristaltiques très violents. Des glandes unicellulaires, rayonnantes, débouchent dans ce canal et forment le régulier « manchon glandulaire » qui caractérise cet organe. La surface interne de ce canal est dépourvue de cils vibratiles. L'allométrie de croissance de l'ootype chez le couple mature est très nette. On peut en juger parle fait que l'œuf d'un couple venant d'accéder à sa maturité, occupe la moitié puis rapidement les deux tiers du volume moyen des œufs provenant d'adultes âgés d'une année au moins, alors que Ie rapport des volumes des couples sus-mentionnés est compris approximativement entre 1J100 et ^j000 ! On ne s'étonnera pas, ainsi, de voir les ootypes d'un jeune couple parvenir jusqu'au niveau de l'union entre les deux partenaires. L'utérus en forme de poire allongée, à renflement distal, fait suite à l'ootype. Un petit atrium utérin s'interpose entre l'utérus proprement dit et le pore utérin ; ce dernier se situe sur la ligne médio-ventrale au bord de la soudure entre les deux partenaires (fig. 28 et 36). L'utérus est recouvert sur sa surface interne de cils vibratiles ; seul l'atrium utérin en est dépourvu. Ce caractère d'un utérus cilié, très par- ticulier, est signalé déjà par Goto (28). De l'ootype, l'utérus recueille des œufs dont la coque est encore indiscernable. Il semble que le paquet de cellules vitellines centrées sur le zygote (si c'est bien dans l'ootype qu'a lieu la fécondation), soit, au sortir de l'ootype, imprégné dans toute sa masse par les sécrétions des glandes de l'ootype. En effet, les cellules vitellines d'un œuf engagé dans la première partie de l'utérus se déchargent d'une matière hyaline, réfringente et épaisse, qui ne tarde pas à se condenser à l'extérieur pour constituer la coque de l'œuf. Au pôle de l'œuf orienté vers le pore utérin, cette matière alors fluorescente au microscope à rayons ultraviolets, forme un petit mamelon qui, s'étirant (peut-être sous l'influence des battements ciliaires), forme finalement, dans la volumineuse partie — 106 — distale de l'utérus, le pelotonnement assez régulier du filament polaire. C'est en vain que nous avons tenté de percer l'énigme de la formation du « coup de burin » que représente la ligne de dehiscence operculaire, pré- formée dans l'utérus. Signalons enfin que chez les couples jeunes, l'utérus n'est pas beau- coup plus développé que l'ootype. Il en résulte que le filament polaire dispose de très peu de place pour se former. Les œufs de jeunes couples montrent ainsi toujours la base du filament polaire, coudée et repliée contre l'opercule, ce qui n'est que très rarement le cas d'œufs provenant de grands couples : chez ces derniers, l'utérus ne recèle jamais plus de deux œufs à la fois. La formule chromosomique Afin de préciser le statut — espèces ou sous-espèces — à assigner aux deux formes de Diplozoon spécifiques de la Brème et du Vengeron, il importait de déterminer les éventuelles différences numériques et mor- phologiques des chromosomes, accompagnant les caractéristiques diffé- rentielles de morphologie externe et de spécificité (voir 3e partie du travail). La caryologie des Plathelminthes parasites se heurte d'emblée à la difficulté de se procurer du matériel en suffisance, qui soit frais, de souche génétique univoque, comportant des figures déchiffrables ; rendre compte de considérations d'ordre phylogénique sur l'ensemble de l'em- branchement serait quelque peu prématuré, le sujet n'étant aujourd'hui que trop partiellement abordé. Les nombres chromosomiques d'une vingtaine d'espèces de Cestodes sont, actuellement connus : leurs cellules diploïdes comptent une garni- turc de 8 à 20 chromosomes. Britt (194>7) annonce les formules chromosomiques de plus de 30 espèces de Digènes, appartenant à 9 familles distinctes ; au total, les nombres de quelque 70 espèces de Trématodes (dont 25 familles et 5 ordres) sont actuellement connus ; ils varient de 6 à 11 bivalents (14 pour Cepkahgonimus americanus). Les variations au sein de la classe, relevant de translocations, inversions, deletions ou réductions de nombres (soit des ancuploïdes strictes ou résultant de translocations des bras des plus petits chromosomes), semblent exclure la polyploïdic. Plus récem- ment, R. B. Short et M. Y. Menzel (1959, 1960), réalisant les idio- grammes d'une dizaine de représentants de la famille des Schistosomes, considèrent celle-ci comme monophylétique, à caryotype originel com- portant 2 N = 16 chromosomes. Du fait que chez cinq genres de Plathelminthes, des différences numé- riques intraspécifiques ont été reconnues, il était séduisant de supposer l'existence de dissemblances sinon numériques, du moins morphologiques discriminant les deux formes de Diplozoon. Le seul nombre cite dans la littérature, relatif aux Monogènes, est précisément celui de Diplozoon (Baer & Euzet 1961), déterminé à Neu- châtel chez la forme infestant la Brème, sur des méioses testiculaires où — 107 — N = 7. Les indications de ces auteurs (communication orale) nous per- mettent d'obvier à la difficulté majeure de cette investigation résidant dans Ie fait que le nombre de plaques métaphasiques ou même de quel- conques stades cinétiques se révèle très faible et exige des préparations fort nombreuses. En effet, la Spermatogenese doit être considérée comme discontinue, au moins durant les mois d'automne, d'hiver et de prin- temps, et les chances de trouver des stades métaphasiques sont vérita- blement minimes si l'activité caryocinétique n'est pas forcée expérimen- talement par une hausse de la température. Disposant d'un bassin ther- mostatique, nous sommes parvenu à accélérer le métabolisme sexuel du Ver en plaçant les hôtes infestés à une température, limite pour le para- site, de 24° C. H fut ainsi possible d'augmenter sensiblement le nombre des figures lisibles. Une au to-infestati on, résultant du séjour des hôtes en milieu confiné, permit d'obtenir de jeunes Diporpas en quantités suffisantes pour établir les nombres diploïdes à partir de mitoses du parenchyme de la région postérieure. La technique utilisée est la suivante : le tissu testiculaire, préala- blement isolé par dissection, subit un prétraitement de 10 minutes par l'eau distillée, précédant la fixation ; ce prétraitement reste évidemment sans effet sur les Diporpas projetées vivantes dans le fixateur, le carmin acétique concentré, à température du laboratoire. Le squash est exécuté 15 à 30 minutes plus tard sur lame albuminée et les préparations sont immergées en alcool absolu jusqu'au décollement de la lamelle. Un Feulgen est ensuite pratiqué, qui comporte une hydrolyse par HCl normal de 12 minutes à 62° C. Déshydratées, les préparations sont montées au baume du Canada. Nos observations numériques, identiques pour les deux formes, confirment le nombre présumé par Baer & Euzet pour la forme de la Brème, soit N = 7 chromosomes, et les métaphases mitotiques des deux formes montrent 2 N — 14 chromosomes. Si nous avons pu rapidement considérer ces nombres comme incon- testables, l'étude morphométrique des chromosomes se heurta à cer- taines difficultés ; à chaque méthode, ses avantages et ses inconvénients : le squash, dont les effets d'orientation des cinèses sont non négligeables, évite les éventuelles ablations d'extrémités de bras des chromosomes — surtout si ces derniers sont longs, et c'est le cas du matériel en ques- tion —, désavantage contre lequel on ne peut se prémunir dans la confec- tion des coupes. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes rallié aux méthodes par écrasement. Le squash en revanche dissocie complètement les tissus, rendant délicate l'appréciation de la localisation des cellules en cinése ; et, bien souvent, l'impression de dislocations intracellulaires nous fit abandonner des figures pourtant nettement dessinées. Il convient de remarquer que les métaphases de méiose — plus encore que celles de mitoses — font preuve d'une contractilité allant du simple au quintuple. Cette contraction affecte la cellule entière et paraît homogène, les rapports de longueur des différents chromosomes demeu- rant grosso modo respectés. L'explication la plus plausible de ce phéno- mène — que nous n'avons trouvé mentionne ni dans la littérature — 108 — rendant compte des observations cytologiques chez les Plathelminthes, ni dans celle traitant de la théorie caryocinétique — est que l'individualité des chromosomes se prolonge tardivement jusqu'à la telophase. Le maximum d'élongation se situerait en début d'anaphase. L'écrasement, il est vrai, ramène les éléments sur un même plan, leur conférant un aspect métaphasique. Etayer cette interprétation consisterait à retrouver indubitablement, sur les préparations, les cellules sœurs en telophase, ce qui n'est que rarement possible en raison de Ia dissociation tissulaire qu'entraîne le squash. Malgré l'accélération de l'activité sexuelle du Ver par la température et un total de plus de 150 préparations, nous avons été réduit à ne prendre en considération que les deux meilleures cinèses de Spermatogenese pour chacune des deux formes 1. Les figures sont dessinées à chambre claire ( X 2250) ; les dessins à l'encre de chine sont agrandis environ 10 X par projection et les chromosomes mesurés en suivant strictement le centre de ceux-ci. En ajustant le plus grand chromosome à l'unité, les valeurs décrois- santes des six chromosomes restants sont recherchées. Comparant les cinèses de même provenance entre elles, la somme des différences absolues dans la longueur des chromosomes homologues restants est déterminée, qui équivaut à 0,39 pour la forme du Vengeron, 0,53 pour celle de la Brème. Les deux idiogrammes, constitués chacun par les moyennes des chromosomes homologues des cinèses de même prove- nance, sont comparés et la somme des différences absolues s'élève à 0,42. La différence la plus marquée touche le plus petit chromosome qui, chez la forme du Vengeron, mesure 78 % du chromosome homologue de la forme de la Brème ; on ne peut toutefois y voir un caractère spécifique rigoureux, cette dissemblance étant statistiquement peu assurée. Néan- moins, ces résultats montrent bien, nous semble-t-il, que d'importantes deletions du génome de l'une des deux formes par rapport à l'autre, sont à exclure. D'autre part, les sept chromosomes des deux formes étant métacentriques, on ne peut supposer de translocations importantes d'une forme à l'autre. Un croisement entre les deux formes n'ayant pu être réalisé, l'éventualité d'inversions n'intéressant pas le centromere sub- siste ; optiquement, de telles inversions ne peuvent être mises en évi- dence, sur la base des seuls génomes observés ici. En résumé, les deux formes de Dipîozoon montrent sept bivalents qui, en première approximation, ne présentent pas de caractéristiques mor- phologiques spécifiques nettement tranchées (fig. 29). Néanmoins, l'iden- tité des deux génomes ne reste pas démontrée. L'œuf En forme générale d'ellipsoïde de révolution, l'œuf, opercule, est surmonté d'un filament polaire qui n'est autre qu'une longue expansion de la coque prolongeant le sommet de l'opercule. Le filament, spirale et 1 Les tentatives de blocage des cinèses par la colchicine restèrent sans lendemain, les Vers détachés de la branchie ne supportant ce traitement qu'à une température de 4° C, à laquelle l'activité caryocinétique est pratiquement nulle. ^2 C Fig. 29. Cincsfischez Diplozoon. Les chromosomes sont numérotés de 1 à 7 suivant leurs longueurs décroissantes. A : metaphase mitotique chez la Diporpa ; B et C : méta- phases méiotiques de Spermatogenese : A et C : chez lu forme spécifique du Vengeron ; B : chez celle de la Brème. inerte, mesure 20 à 25 mm de longueur, en extension. L'opercule est conique et coiffe un pôle de l'ellipsoïde : il est délimité par la ligne de dehiscence de la coque. Cette ligne, circulaire, est visible dès la ponte et se situe entre le tiers et le quart de la longueur de l'œuf, côté filament polaire. Selon la taille du Ver qui Ta pondu, l'œuf mesure, chez la forme inféodée au Vengeron : 245 à 300 // de longueur et 125 à 150 /i de largeur : chez la forme inféodée à la Brème : 245 à 385 fi de longueur et 75 à 110 \i de largeur. Ces chiffres sont l'expression de moyennes calculées sur la base de lots de 100 œufs chacun. Les moyennes inférieures correspondent aux premiers œufs pondus de couples infestant des hôtes immatures {infestations réalisées en laboratoire), alors que les moyennes supérieures sont obtenues à partir de pontes de couples âgés, fixés sur des hôtes matures (infestations naturelles). La figure 39 indique de quelle manière ont été mesurées les longueur et largeur (ou diamètre) de l'œuf. La morphologie de la larve Uoncomiracidium x L'oncomiracidium (fig. 30), à symétrie bilatérale stricte, est aplati dorso-ventralement ; il se distingue des différentes formes de larves libres de Polyopistkocotylea actuellement décrites par l'absence de disque adhésif et de crochets à conducteur. 1 Ce terme fut |in>i»jsé en 1957 pur Llewellyn (36) pour désigner Ia larve libre des Mono- gen« s, — 109 — aï •7'^ 110 — Fig. 30. L'oncomiraeidhim (non presse entro lame et lamelle) vu eu A : de profil ; en lì : de face, En B, les cellules ciliées et les crochets figurent en vue ventrale à gauche. dorsale a droite ; ne sont représentés que partiellement : Ie système nerveux, à gauche ; le système excréteur, à droite. BA: paire de nerfs antérieurs; BP: paire de nerfs posté- rieurs ; CC : cellule ciliée ; CS : touffe de cils sensoriels ; FL : fléau ; MA : manche ; MG: masse ganglionnaire nerveuse: OJÌ : organe buccal; PE: pore excréteur; ,* PH : pharynx ; PN : protonéphridie ; Pl : pince : SI : sac digestif ; TO : tache oculaire. En surfaces pointillces : noyaux des cellules ciliées. — Ill — On ne sera pas étonné de constater les variations de grande amplitude des dimensions de l'oncomiracidium, en rapport avec la taille du géniteur dont il provient : d'une part, en effet, le volume de l'œuf dépend stricte- ment de celui de l'ootype où il a été formé ; d'autre part, la taille de roncomiracidium est théoriquement fonction de la racine cubique du volume de l'œuf. Lorsqu'elle nage, la larve contracte légèrement sa musculature circu- laire ; elle est ainsi plus allongée qu'après fixation au Bouin-Hollande à chaud. Totalement décontractée après ime telle fixation, elle peut me- surer de 200 fj, à 400 fi de longueur totale. Les dimensions moyennes sont d'environ 320 fi de longueur totale et 120 p« pour la plus grande largeur du corps. L'oncomiracidium présente une couverture ciliée à fonction locomo- trice disposée en cinq plages dont deux paires symétriques, l'une anté- rieure, l'autre moyenne, et une plage impaire coiffant l'extrémité posté- rieure de la larve. La paire de plages ciliées antérieure est latéro-ventrale ; elle est constituée, de chaque côte, de six cellules (et non de cinq comme nous l'indiquions hâtivement en 1959 (6) ) dont le nombre ne peut se déterminer que par une coloration des noyaux (carmin acétique par exemple). Les deux plages ciliées moyennes sont de disposition plus latérale par rapport à la paire antérieure, et comptent chacune cinq cellules ciliées. Enfin, la plage impaire postérieure comporte treize cellules disposées sur trois rangs dont quatre dorsales, quatre ventrales et cinq latéro-terminales. Le hapteur est constitué d'une paire de pinces dont les grands dia- mètres plus constants que la longueur totale de la larve varient de 32 fi à 40 ix (fig. 38), diamètres mesurés sur des oncomiracidiums fixés à chaud au Bouin-Hollandc et non montés entre lame et lamelle mais orientés de manière adéquate. (En effet, les deux pinces ne sont pas inscrites dans le même plan.) Deux crochets à fléau complètent l'armature du hapteur (p. 78) dont les dimensions varient en fonction de la longueur totale de la larve libre. Seuls les crochets ont atteint leur taille définitive à Téclo- sion ; leur longueur moyenne est de 75 [à- lorsque le fléau est dans le prolongement de l'axe du manche (fig. 37). L'appareil digestif de l'oncomiracidium se distingue de celui de l'adulte par une cavité intestinale sacciforme d'où ne se détache encore aucun diverticnle intestinal. Cette cavité digestive recèle de nombreuses inclusions deutoplasmiques aux diamètres très variables : s'y associent également des corpuscules aux dimensions inférieures au /^, animés de mouvements browniens. En outre, les organes buccaux et le grand diamètre (longitudinal) du pharynx mesurent respectivement 22 à 26// et 30 à 35 /i (fig. 38) pour des larves non comprimées entre lame et lamelle (fixation Bouin-Hollancle, à chaud). L'appareil excréteur est constitué de deux systèmes symétriques dont seul le système droit est représenté en figure 25. Le système nerveux, encore peu développé, consiste en une masse ganglionnaire allongée dans le sens transversal, au quart antérieur de la larve ; de cette masse ganglionnaire partent une paire de nerfs antérieurs — 112 — se dirigeant vers les organes buccaux et une paire de nerfs postérieurs cheminant latéralement jusqu'aux pinces. Ces paires de nerfs corres- pondent respectivement à la deuxième paire de nerfs antérieurs et à Ia cinquième paire de nerfs postérieurs chez l'adulte (fig. 27). Malgré le faible développement des centres ganglionnaires, il faut remarquer Ia présence de deux organes sensoriels particuliers à l'onco- miracidium : la tache oculaire et trois touffes de cils sensoriels. La tache oculaire est située dorsalemcnt au cerveau. Elle est cons- tituée de très fines granulations pigmentaires agglutinées, ayant la forme de deux cupules, à ouvertures latérales, soudées entre elles sur le plan de symétrie bilatérale de la larvé ; cette tache oculaire ne comporte jamais de « cristallins » (comme les a décrits Llewellyn (38) chez les Diclidopkoroidea). A quelques reprises, nous avons observé des oncomi- racidiums pourvus des deux cupules pigmentaires caractéristiques mais non soudées entre elles. Par ailleurs, ces larves étaient normales. Les trois touffes de cils (cirres ?) présumés tactiles sont implantées sur l'apex céphalique de la larve. Les cils sont non vibratiles mais orien- tables à la manière de radioles d'Oursin ; se détachent-ils dès la fixation de la larve sur l'hôte ? Nous ne les avons pas retrouvés chez la Diporpa. Le parenchyme de l'oncomiracidium est parsemé d'inclusions deuto- plasmiques de même apparence que celles occupant la lumière intestinale; les plus grosses d'entre elles, localisées généralement entre les deux crochets, atteignent un diamètre de 15 fi. Le Fast Red salt B ne les colore plus électivement, comme c'est le cas des globules vitellins. Par contre, les pièces sclérifiées des Diporpas se colorent positivement par cette substance. La Diporpa La larve libre en se fixant à son hôte perd sa couverture ciliée : d'oncomiracidium elle est devenue Diporpa, ou larve parasite non accouplée. Mesurant de 350 fi à 2400 p en décontraction complète, Ia Diporpa présente une, deux, trois ou quatre paires de pinces selon son âge (fig. 31). Dès que ses pinces ont enserré les lamelles branchiales de l'hôte, c'est-à- dire moins de dix minutes après sa fixation au Poisson par ses crochets, la larve relègue ces derniers en position rétractée dans Ie parenchyme de l'extrémité postérieure. L'appareil digestif semble se décharger rapidement de son contenu deutoplasmique, à moins que celui-ci ne soit digéré puis assimilé. On n'en trouve d'ordinaire plus trace dès que le sac intestinal recèle du sang de l'hôte. Dès cette première ingestion, les cellules pigmentaires, bordant la lumière intestinale, se chargent de granules pigmentaires primitive- ment libres dans l'intestin. Le premier diverticule intestinal à se former est celui qui relie, ventralement au pharynx, le vestibule péripharyngien à l'intestin ; quant aux autres divcrticules, ils sont lents à apparaître sur notre matériel, contrairement à ce qu'observe Zeller chez la Diporpa de la forme inféodée à Phoxinus phoxinus :¦ Fauteur allemand dessine un Fig. 31. Différents stades du développement post-embryonnaire, dessinés à la même échelle ; A : oncouiiracidiiim ; B : Diporpa de 3 jours ; C : jeune couple d'une semaine ; D : Diporpa à 2 paires de pinces. Agée de 2 semaines environ ; E : Diporpa h 3 paires de pinces (âge présume : 1-2 mois) ; F : Diporpa à 4 paires de pinces (1,2 mm ; fige présumé : 4-5 mois) ; bd : bouton dorsal : w : ventouse ventrale ; les surfaces qua- drillées indiquent In localisation des goiiocytes. — 114 — diverticule intestinal (correspondant semble-t-il au diverlicule ovarien) chez la larve à deux paires de pinces déjà, alors que Ton découvre à peine un début de differentiation des diverticulcs intestinaux chez les plus grosses Diporpas des formes inféodées à la Brème et au Vengeron, L'appareil excréteur se complique très rapidement par l'apparition de nombreuses protonéphridies. Le nombre très considérable de Diporpas qu'exigerait l'étude du développement de cet appareil nous a fait y renoncer. Les organes des sens se modifient par la disparition de la tache ocu- laire ; à deux reprises, de jeunes Diporpas, dont le tube intestinal contenait déjà du sang de l'hôte, montrèrent que leur tache oculaire était en train de se fragmenter en petits amas de granules pigmentaires d'apparence semblable à ceux que l'on observe dans Ie tube digestif. Ces amas pigmentaires, empruntant un même chemin, parvinrent dans l'intestin, au-dessous du pharynx. La pression artificielle s'exerçant sur les larves montées entre lame et lamelle est peut-être bien à l'origine de dilacéTations internes qui expliqueraient ce phénomène : par ces deux observations, nous ne prétendons pas donner ici la clé de l'énigme que pose la disparition de la tache oculaire. Un nouvel organe des sens, propre à la Diporpa, apparaît sous la forme de cils isolés, distribués à la surface du corps, tels que nous les avons décrits à la page 100. La caractéristique anatomique sans contredit la plus originale de Ia Diporpa réside dans la présence d'un bouton dorsal, situé environ au tiers postérieur de la larve, et d'une ventouse ventrale localisée légère- ment en arrière de la moitié du corps. Du point de vue lnstologique, le bouton dorsal apparaît comme une petite expansion anucléée, une hyper- trophie très localisée de la zone sous-cuticulaire ; suivant la taille de la Diporpa, il mesure de 10 à 35 p dans son plus fort diamètre. Nous ne savons à quoi rapporter la ventouse ventrale : sur le plan lnstologique, est-ce une formation homologue des organes buccaux et des parois des pinces ? Represente-t-elle \m organe copulateur comme Fa proposé Dawes ? La présence de gonocytes localisés dans les tissus sous-jacents à la ventouse ventrale et au bouton dorsal (surfaces hachurées de Ia figure 31, F) semble confirmer les hypothèses de cet auteur. Position systématique Lc statut des Monogènes, considérés comme une classe distincte de l'embranchement des Plathelminthes, ne paraît pas rallier tous les suffrages. S'en référant aux cycles évolutifs particuliers de certaines espèces de Gyrodactylus et Polystoma, Stunkard (55 et 56) conçoit en 1962 et 1963 un arrangement de la classe des ïrématodes, dans lequel la sous-classe des Pectobothridia Burmeister, 1856, compte deux ordres, dont les Polyopisthocotylea Odhner, 1912. Nous adoptons ici le système de Bychowsky (9) et de Baer et Euzet (4), où les Monogènes sont regardés en tant que classe des Plathelminthes sans apparentement aux Digéniens. — 115 — Ainsi, la position de Diplozoon au sein dos Polyopisthocotrlea Odkner, 1912 (considérés ici comme sous-classe) est la suivante : de Tordre des Diclidophoroidea Price, 1936, ce genre fait partie de la famille des Discocotviidae .Price. 1936. et de la sous-famille des Discocotvlinae Price, 1936. Outre l'espèce D. paradox urn- v. Nordmami, 1832, parasite A^ Abramis brama (L-), le genre compterait actuellement 16 espèces ou sous-espèces : Parasites ilotes J Familles Auteurs Origines D. nipponicum Carassins vulgaris (Cy priiiidé) C OTO .1891 Japon D. indicum Jìurbus sarana » l^AYAr, 1941 Inde D. kashmirensis Schizothorax «p. » Kau- 1950 Kashmir D. barbi Barbus tetrazona » Rei CH ENBACH-Kl-INKE 1951 Sumatra D. tetragonoptn-rirti Ctcnobrycon spilurus (Cl. laracidé) Stehha 1957 Amérique du Sud D. ghanmisc Aïnstvs mncrolepi-dottts » Thomas 1957 Afrique occidentale D. cauvervi Cirrhina cirrliosa (C> prinidé) TlUl'ATHl 1957 Inde D. sorti Oxygaster bacaila » Tltll'ATHI 1957 Inde D. homoi-on Jiutilits rutilila » ÎÎYCIIOWSKY & NaCII)INA 1959 Europe D. mugan Idus id us » IÌYCHOWSKY & NaCIBINA 1959 Europe D. pavlowski A spi us aspius » bychowsky & Nagihina 1959 Europe D. sapne Abramis sapa » ReICI IENBACH-Kl.INKK 1901 Europe D. paradaxitm bliccae Jili.cca bjiirkna » Rill G HKNB A CII-Klinke 1961 Europe I). paradoxum gracile Gobio gobio )) ReICHENB ACII-Kl. INK ß 1911 Europe D. aegyptensis Labeo forskalii » FlSCIITHAL & K UNTZ 1963 Egypte D. gussevi Jìlicr.a björhna » GlÄskb & Gläser 1964 Europe 1 Ne snnt in