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Poésie et parodie au XIXe siècle: Albert Glatigny, Tristan Corbière, Charles Cros

Stéphane Ischi

Résumé Notre travail retrace un basculement qui a lieu dans la seconde moitié du 19e siècle. La poésie connaît en effet une crise soudaine, qui s’actualise par trois symptômes principaux : d’abord une remise en cause de la versification classique, la fameuse « crise de vers » évoquée
par Mallarmé. Un autre signe plus matériel peut être noté : le public lui-même se détourne de la poésie et se passionne pour la prose, principalement le roman. Le troisième axe est sans doute
le plus fondamental : la poésie vit une sorte d’autonomisation, elle abandonne sa volonté de « dire le monde ». Le lyrisme ne semble plus rattaché aux émotions du poète, mais devient une fin en soi, une sorte d’autocélébration du langage.
La prolifération de parodies poétiques que connaît cette période n’est pas un hasard. Dans les parodies des auteurs étudiés, Albert Glatigny (1839-1873), Tristan Corbière (1845-1875) et Charles Cros (1842-1888), la réécriture souligne les caractéristiques de la crise des valeurs poétiques : la versification du texte visé est souvent malmenée, tandis que le poète est présenté comme une figure en décalage avec son époque, en rupture avec le reste de la société. Le positionnement vis-à-vis du troisième est plus intéressant, car il se situe dans un rapport de contradiction : la parodie ne se satisfait pas d’un « divorce » entre la littérature et la vie. Elle ne cesse d’y remédier en projetant de la « quotidienneté » dans le texte premier, en ramenant de force un lyrisme trop éthéré au niveau des réalités les plus crues. Cela explique notamment les nombreuses parodies à caractère obscène. Face à une idéalisation excessive des sentiments amoureux, elles rappellent à l’esprit la matérialité du corps, aux émotions la réalité de l’instinct.
C’est ainsi à une pulsion « vitaliste » que répond la parodie de la deuxième moitié du deuxième du 19e siècle.

Summary
Our work traces a shift that takes place in the second half of the 19th century. Poetry is experiencing a sudden crisis, which is actualized by three main symptoms: on the one hand a challenge to classical versification, the famous "Crisis of Verse" mentioned by Mallarmé.
Another more material sign can be noted: the audience itself turns away from poetry and is passionate about prose, mainly the novel. The third axis is doubtless the most fundamental: poetry lives a kind of empowerment, it abandons its desire to "tell the world". The lyricism no
longer seems to be related to the poet's emotions, but becomes an end in itself, a kind of selfliberation of language.
The proliferation of poetic parodies that this period is experiencing is not a coincidence. In the parodies of the authors studied, Albert Glatigny (1839-1873), Tristan Corbière (1845-1875) and Charles Cros (1842-1888), the rewriting highlights the characteristics of the crisis of poetic values: the versification of the text is often mishandled, while the poet is presented as a figure at odds with his time, breaking with the rest of society. The positioning vis-à-vis the third is more interesting because it is in a relationship of contradiction: the parody is not satisfied with a "divorce" between literature and life. It does not cease to remedy this by projecting "everydayness" in the first text, forcing a lyricism too ethereal at the level of the rawest realities.
This explains the many obscene parodies. Faced with an excessive idealization of love feelings, they remind the spirit of the materiality of the body, the emotions of the reality of instinct. It is thus to a "vitalist" impulse that the parody of the second half of the second of the 19th century obeys.
   
Mots-clés Glatigny; Corbière; Cros; parodie; pastiche; poésie; comique; satire; parody; poetry; comedy; satire; pastiche
   
Citation Ischi, S. (2018). Poésie et parodie au XIXe siècle: Albert Glatigny, Tristan Corbière, Charles Cros, Doctorat, Université de Neuchâtel, Neuchâtel.
   
Type Thèse (Français)
Année 2018
Departement academique Faculté des lettres, Institut de littérature française
Université Université de Neuchâtel (Neuchâtel)
Degré Doctorat