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Drones et sécurité publique : impacts et enjeux socio-spatiaux
Résumé Cette thèse s’inscrit dans le domaine de la géographie politique et s’intéresse aux enjeux liés à l’émergence des systèmes de drones dans la sécurité publique en Suisse. Au travers de deux études de cas auprès des principaux acteurs utilisant des drones (les Forces aériennes suisses, les gardes-frontière et les institutions policières) ainsi que d’un sondage mené auprès de la population neuchâteloise, cette recherche vise à comprendre dans quelle mesure les systèmes de drones modifient la territorialité de leurs usagers et des non-usagers. La présente étude est articulée autour de trois articles scientifiques et du texte cadre qui guide et explicite l’ensemble du projet de recherche.
Afin de préciser notre angle d’approche, la première partie de cette thèse introduit sa problématique au travers des enjeux contemporains liés à la thématique des drones dans la sécurité publique. Cela me permet de présenter le contexte dans lequel s’ancre cette étude avant de discuter de l’état de l’art, du cadre théorique ainsi que des aspects méthodologiques. Les chapitres 1 à 6 préparent ainsi le lecteur aux trois chapitres 7 à 9, structurés par la succession des articles proposés.
Dans le premier article de cette thèse, je m’intéresse à l’usage des systèmes de drones militaires (ADS 95) déployés par les Forces aériennes et les gardes-frontière suisses. Plus particulièrement, mon but a été de rendre compte des relations qu’entretiennent les militaires et les gardes-frontière suisses avec l’espace frontalier lors de missions de surveillance. Ainsi, mon étude met en évidence comment cette technologie rend possible l’acquisition de nouvelles données numériques augmentant les connaissances de ses usagers et induisant ainsi de nouvelle manière de pratiquer l’espace. Progressivement, mes résultats démontrent que le caractère fondamentalement mobile et flexible du système de drones engendre une nouvelle manière d’exercer la surveillance et les contrôles d’identification. Alors que d’autres formes de surveillance se caractérisent par leur fixité (p.ex. la vidéosurveillance), mon analyse confirme la volonté des autorités publiques suisses d’utiliser et d’investir de plus en plus de moyens pour obtenir une surveillance et des contrôles d’identifications toujours plus mobiles, flexibles et spontanés, répondant aux attentes et besoins d’une société moderne toujours plus en mouvement.
Le deuxième article de cette étude traite des processus d’acquisition et d’intégration de nouveaux systèmes de drones dans le milieu policier. Notre analyse met en évidence une série d’étapes et de procédures incluant des pratiques formelles et informelles ouvrant la voie à l’introduction de cette nouvelle technologie sécuritaire. Trois enseignements sont retenus. Premièrement, notre étude démontre que l’acquisition d’un nouveau système socio-technique au service de la police, tel que le drone, ne relève pas d’une succession mécanique de processus linéaires et d’étapes distinctes, mais doit être comprise comme un ensemble de processus et de cheminements qui se recouvrent et se complètent. Deuxièmement, notre analyse démontre que les processus d’intégration de la technologie des drones sont le résultat de médiations socio-techniques qui conjuguent des aspects tant formels qu’informels. Troisièmement, d’un point de vue plus conceptuel, notre étude montre que l’intégration d’une nouvelle solution technologique repose sur un large éventail de mécanismes relationnels avec de multiples acteurs privés et publics ainsi que sur des relations pratiques avec l’objet socio-technique concerné. Partant de ces constats, on peut affirmer que les systèmes de drones ne sont pas envisagés comme un simple outil de connaissance, ou encore une technologie plus ou moins sophistiquée, mais comme un agencement dynamique d’individus, d’idées et de choses (recueils, directives, documents juridiques, plans, etc.) dont l’assimilation s’opère et se reproduit via des canaux multiples et variés.
Finalement, le troisième article cherche à appréhender l’acceptabilité des drones en interrogeant la perception citoyenne des drones militaires et policiers en Suisse. Plus précisément, l’objectif était de comprendre dans quelle mesure la distance mentale générée par l’éloignement entre le citoyen et la technologie pouvait influencer son acceptabilité sociale. Globalement, nos résultats suggèrent que les perceptions et l’acceptation sociale des drones dépend des trois variables suivantes : les connaissances, l’utilité et les risques. Concernant les connaissances, on observe qu’elles sont globalement superficielles, ce qui explique que les interrogés acceptent la technologie sans pour autant juger sa présence nécessaire. Il arrive aussi que les enquêtés remettent en question l’utilité et la nécessité de la technologie. Ce dispositif sécuritaire est largement accepté comme aide (lors de situations d’urgence), mais suscite la méfiance lorsqu’il est envisagé comme moyen de surveillance. Finalement, sur la question de la distance mentale, nous arrivons à la conclusion que celle-ci influence bel et bien l’acceptabilité sociale des drones. En somme, la mise à distance physique et sociale engendrée par l’utilisation de cette technologie numérique produit des représentations floues et abstraites qui induisent une perception et une acceptabilité superficielle des drones destinés à la sécurité publique.
Cette étude se propose ainsi d’apporter de nouveaux éléments de compréhension qui permettent de discuter de manière nuancée les enjeux et implications de l’usage toujours plus répandu des systèmes de drones par les autorités publiques en charge de la sécurité du territoire. Partant des résultats obtenus au travers de mes articles, j’aborde dans le dernier chapitre (10) la conclusion de cette thèse. Elle comporte une synthèse des résultats, un bilan du contexte thématique ainsi qu’une réflexion sur les perspectives de recherches futures.

Abstract:
This thesis is situated in the field of political geography and is interested in issues around the emergence of drone systems in public security in Switzerland. Through two case studies of the main actors using drones (the Swiss Air Force, border control and police institutions) and a survey of the population of Neuchâtel, this study aims to understand the extent to which military and police drone systems modify the territoriality of both those who use them and those who don’t. The present study is composed of three scientific articles, as well as the main text of the thesis, which provides structure to and explains the research project as a whole.
To better define our approach, the first part of this thesis introduces the discussion in terms of contemporary issues linked to the theme of drones in public security. This allows me to present the context within which this study is anchored before discussing recent developments, the theoretical framework and methodological aspects. Chapters 1 to 6 thus prepare the reader for Chapters 7 to 9, which are structured around the three aforementioned articles. On the basis of the results obtained through my articles, I conclude my thesis in the last chapter (10). The conclusion presents a synthesis of the results, a summary of the thematic context and a reflection on the perspectives of future research.
In the first of the three articles, I focus on the use of military drone systems (ADS 95) by the Swiss Air Force and by Swiss border control authorities. More specifically, I look at the relationships of the military and Swiss border control with the border space during surveillance missions. Thus, my study shows how this technology enables the acquisition of new digital data that increases the users’ knowledge and leads to new ways of practising space. My results show that the fundamentally flexible and mobile character of drones gives rise to new ways of conducting surveillance and border controls. While other forms of surveillance are characterised by their fixity (e.g. video surveillance), my analysis shows that the Swiss public authorities are willing to use and invest in ever more ways of making surveillance and border controls increasingly mobile, flexible and spontaneous, in response to the needs and expectations of a modern society that is always and increasingly on the move.
The second article in this study examines the process by which new drone systems are acquired and integrated within the police context. Our analysis uncovers a series of steps and procedures, including both formal and informal practices, that prepare the way for the introduction of this new security technology. Three main points emerge from this analysis. Firstly, our study shows that the acquisition of a new sociotechnical system, such as a drone, by the police, is not the result of a mechanical succession of linear processes and distinct steps, but must rather be understood as a set of interwoven processes and developments that both complement and depend upon each other. Secondly, our analysis shows that the processes by which drone technology is integrated result from a range of sociotechnical mediations that combine both formal and informal aspects. Thirdly, from a more conceptual point of view, our study shows that the integration of a new technological solution depends on a wide range of relational mechanisms between multiple private and public actors, as well as practical relationships with the sociotechnical object itself. On the basis of these three findings, it is clear that drone systems are not seen simply as tools for gathering knowledge, or even as a relatively sophisticated type of technology, but as a dynamic coming together of individuals, ideas and things (reports, directives, legal documents, plans, etc.) which are assimilated via multiple and varied channels.
Finally, the third article aims to understand the extent to which drones are accepted by the public, through a survey of citizens’ perceptions of police and military drones in Switzerland. More specifically, the article investigates how the mental distance generated by the physical separation of citizens from the technology influences its social acceptability. On the whole, our results suggest that perceptions and social acceptance of drones depend on the following three variables: knowledge, use and risks. Knowledge is generally observed to be superficial, which explains why interviewees may accept the technology without actually considering it to be necessary. Some respondents, however, question the use of and need for the technology. As a security measure, it is largely accepted as a helpful tool (in emergency situations), but arouses suspicion when used as a means of surveillance. Finally, we conclude that mental distance has a significant influence on the social acceptability of drones. In sum, the social and physical distance of citizens from this digital technology gives them a vague and abstract understanding of it, which in turn leads to a superficially positive perception and acceptance of drones used for public security.
This study thus offers new elements of understanding that allow nuanced discussion of the challenges and implications of the increasingly widespread use of drone systems by the public authorities in charge of the territory’s security.
   
Mots-clés Drones; sécurité publique; Suisse; impacts; espaces; public security; Switzerland; spaces
   
Citation Pedrozo, S. (2020). Drones et sécurité publique : impacts et enjeux socio-spatiaux, Doctorat, Université de Neuchâtel, Neuchâtel.
   
Type Thèse (Français)
Année 2020
Departement academique Faculté des lettres et sciences humaines, Institut de géographie
Université Université de Neuchâtel (Neuchâtel)
Degré Doctorat