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La Constitutio Antoniniana: l'universalisation de la citoyenneté romaine au 3e siècle
Résumé En 212 de notre ère, l’empereur Antoninus « Caracalla » octroie la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l’Empire. Les sources littéraires contemporaines de l’événement n’en permettent pas une interprétation suffisante. Cette décision impériale est saluée comme un bienfait universel, mais les détails de son application sont perdus. Le papyrus Giessen 40, censé porter le texte de la Constitutio Antoniniana, apporte plus de questions que de réponses. Les sources épigraphiques montrent un changement onomastique de grande ampleur : les anciens pérégrins prennent le nom d’Aurelius, ce qui permet de dater l’application de l’édit dans les provinces dans la première moitié de 213 et d'en inférer une date de promulgation en 212.
Quant à l’ampleur du phénomène, l’étude des modalités d'octroi de la citoyenneté romaine dans les siècles qui précèdent la Constitutio Antoniniana montre que celle-ci pouvait conférer différents avantages, dont il faut absolument détacher la fiscalité. En revanche, le nombre d’individus possédant déjà la citoyenneté romaine (vraisemblablement 30 % de la population) et des restrictions imposées sur les mécanismes d’octroi dans le courant du 2e siècle font du statut de citoyen romain un privilège encore recherché au moment de son universalisation.
Les conséquences juridiques de cet édit, source de controverses, sont abordées par une confrontation entre la pratique observable dans les documents et la norme émise par les juristes et les empereurs. Il en ressort qu’avant comme après la Constitutio Antoniniana, les magistrats provinciaux Romains reconnaissent aux individus l’usage de leur droit propre ou du droit romain, sans appliquer un régime personnel et contraignant du droit. La Constitutio Antoniniana n’a donc pas abrogé les droits locaux, pas plus qu’elle n’a remis en cause les privilèges et devoirs fiscaux des communautés de l’Empire.
Enfin l’examen de certains droits qui connaissent un régime personnel, comme ceux du statut, de la famille, et de la succession, révèle des points de friction et changements qui ont eu lieu en corrélation ou non avec la Constitutio Antoniniana.

Abstract
In 212 AD, the emperor Antoninus Caracalla granted Roman citizenship to all free inhabitants of the Empire. Contemporary literary sources do not provide adequate interpretation of this event. The new imperial constitution has been hailed as a universal benefit, but all details of its application have been lost. Considering the papyrus Giessen 40, thought to bear the text of the Antonine Constitution, brings more questions than answers. Inscriptions reveal a massive onomastic change: new citizens took the name of Aurelius, a phenomenon that allows us to date the application of the edict in the provinces from the first half of 213 AD and to infer a promulgation in 212.
Regarding the scope of the grant, the way citizenship was given in the centuries before the Antonine Constitution lets us see that being Roman could bring some advantages, but that fiscal exemption was a different privilege. However, citizenship was still a sought-after status, as the relatively low number of individuals who already enjoyed Roman citizenship (presumably 30 % of the population) and some restrictions imposed on granting mechanisms during the 2nd century AD tend to show.
Legal consequences of the edict, indeed an important source of controversies, are considered through the prism of a confrontation between practice as seen in the documents and normative standard fixed by the jurists or the emperor. Before as well as after the Antonine Constitution, Roman provincial magistrates were constantly recognizing to the litigants the ability to use their own right as well as Roman Law, without applying a constraining principle of personality of law. The Antonine Constitution did not abrogate local law, nor did call into question privileges and fiscal obligations of the communities of the Empire.
Lastly, the exercise of some rights followed the principle of the personality of the Law, namely in the field of status, family, and succession. A closer analysis of the sources related to these rights shows that they could constitute a sticking point, and that some of their evolution can probably be linked with the promulgation of the Antonine Constitution.
   
Mots-clés Citoyenneté (Droit romain) ; Édit de Caracalla ; Dynastie sévérienne ; Administration impériale (Rome) ; Histoire romaine; Citizenship (Roman law) ; Edict of Caracalla ; Constitutio Antoniniana ; Severan dynasty ; History of Rome ; Roman imperial administration
   
Citation Besson, A. (2018). La Constitutio Antoniniana: l'universalisation de la citoyenneté romaine au 3e siècle, Doctorat, Université de Neuchâtel, Neuchâtel.
   
Type Thèse (Français)
Année 2018
Departement academique Faculté des lettres et sciences humaines, Institut d'histoire, Chaire d'histoire ancienne et de philologie classique
Université Université de Neuchâtel (Neuchâtel)
Degré Doctorat