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Vivre et dire l'indicible : rationalisations discursives d'expériences « liminales » de praticien.ne.s d'hypnose, de néochamanisme et d'imagination active jungienne en Suisse romande
Résumé Depuis les années 1970, en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, un nombre croissant de personnes s’investissent dans des thérapies et spiritualités alternatives. Dans ma thèse, je compare l’hypnose, le néo-chamanisme et l’imagination active jungienne autour d’une pratique commune : le recours aux images (qu’elles soient visuelles, kinesthésiques, auditives, etc.). J’ai effectué trois longs entretiens (en trois temps et sur différentes thématiques) avec vingt-quatre thérapeutes considéré.e.s par leurs pair.e.s comme des expert.e.s dans la pratique qu’ils/elles enseignent en Suisse romande. Chaque entretien a porté sur une thématique différente : dans le premier chaque expert.e était invité.e à faire part d’une image personnelle « visualisée en état de conscience modifié », le second était consacré à la trajectoire de vie de chacun.e, le troisième portait sur la place des « images » dans les processus thérapeutiques.
Cette recherche porte sur la quête qui inspire les personnes investies dans ces thérapies et spiritualités dites « alternatives » ainsi que l’impact de ces pratiques dans leur vie. Quels sont les bénéfices qu’ils/elles en retirent ? En quoi les témoignages des acteur/rice.s de ces pratiques est-il instructif, ou non, par rapport aux valeurs sociales et culturelles qui sous-tendent les modes de vie en vigueur dans les sociétés auxquelles appartiennent ces acteur/rice.s ? Dans quelle mesure les apprentissages qu’ils/elles font dans ces pratiques peuvent éventuellement être révélateurs des lacunes de notre culture ?
Je me suis particulièrement intéressée aux socialisations que proposent les thérapies et spiritualités alternatives. Au terme de cette étude, je fais l’hypothèse que les thérapies et spiritualité alternatives envisagées sont un lieu d’apprentissage de la liminalité, soit la capacité de se situer à l’intersection de plusieurs constructions sociales de la réalité, d’introduire du jeu entre les différentes versions de soi possible. La perspective anthropologique m’a permis de questionner les valeurs socioculturelles qui sous-tendent les analyses socio-psychologique classiques de ces pratiques alternatives, fondées, notamment, sur l’opposition du principe de la seule réalité objective au principe de plaisir. L’analyse et l’interprétation anthropologique des récits des praticien.ne.s recontré.es m’a permis d’envisager le rôle clé de l’image dans une compréhension renouvelée de l’ « efficacité symbolique » que l’on trouve au cœur de ces pratiques, comme découlant de l’apprentissage de la liminalité.

Abstract:
Since the 1970s, in Western Europe and North America, an increasing number of people have become involved in alternative therapies and spiritualities. In my thesis, I compare hypnosis, neo-shamanism and active Jungian imagination around a common practice: the use of images (whether visual, kinesthetic, auditory, etc.). I carried out three long interviews (in three stages and on different themes) with twenty-four therapists considered by their peers as experts in the practice they teach in French-speaking Switzerland. Each interview focused on a different theme: in the first each expert was invited to share a personal image "visualized in a modified state of consciousness", the second was devoted to each person's life trajectory. , the third concerned the place of “images” in therapeutic processes.
This research focuses on the quest that inspires people invested in these so-called "alternative" therapies and spiritualities as well as the impact of these practices on their lives. What are the benefits for them? How are the testimonies of the actors of these practices instructive, or not, in relation to the social and cultural values that underlie the lifestyles in force in the societies to which these actors belong? To what extent can the learning they do in these practices possibly reveal the shortcomings of our culture?
I was particularly interested in the socializations offered by alternative therapies and spiritualities. At the end of this study, I make the hypothesis that the alternative therapies and spirituality considered are a place of learning of liminality, that is to say the capacity to be located at the intersection of several social constructions of reality, to introduce play between the different versions of oneself possible. The anthropological perspective has allowed me to question the socio-cultural values that underlie the classic socio-psychological analyzes of these alternative practices, founded, in particular, on the opposition of the principle of only objective reality to the principle of pleasure. The anthropological analysis and interpretation of the practitioners' accounts allowed me to consider the key role of the image in a renewed understanding of the "symbolic effectiveness" found in core of these practices, as arising from learning liminality.
   
Mots-clés Anthropologie du rite, rituels, liminalité, efficacité symbolique, hypnose, chamanisme, analyse jungienne, imagination, symboles, métaphores, visions, images, biologie des images, thérapie alternative, spiritualité alternative, perceptions, réflexivité, condensation rituelle, paradoxe, conflits, résonance.

Keywords:
Anthropology of the rite, rituals, liminality, symbolic healing, hypnosis, shamanism, Jungian analysis, imagination, symbols, metaphors, visions, images, alternative therapy, alternative spirituality, perceptions, reflexivity, ritual condensation, paradox, conflicts, resonance.
   
Citation Richardet, E. (2021). Vivre et dire l'indicible : rationalisations discursives d'expériences « liminales » de praticien.ne.s d'hypnose, de néochamanisme et d'imagination active jungienne en Suisse romande, Doctorat, Université de Neuchâtel, Neuchâtel.
   
Type Thèse (Français)
Année 2021
Departement academique Faculté des lettres et sciences humaines, Institut d'ethnologie
Université Université de Neuchâtel (Neuchâtel)
Degré Doctorat