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L'éducation dans des espaces d'exception. Les usages de l'école dans les camps de réfugiés congolais (Rwanda-Tanzanie)
Responsable du projet Marion Fresia
Anne Nelly Perret Clermont
   
Collaborateur Andreas Von Känel
Adeline Payot
   
Résumé Depuis la fin des années 1980, l’intensification des mouvements de personnes va de pair avec l’émergence de nouveaux espaces de mise à l’écart des populations considérées comme indésirables. Les camps de réfugiés sont devenus le symbole de ces évolutions contemporaines. Théâtre d’une multitude d’interventions, ils sont destinés à maintenir en vie des milliers de personnes et à gérer leur devenir. Figure par excellence de la victime innocente, les enfants sont particulièrement ciblés par cet interventionnisme humanitaire. Dans les camps, ils sont soignés, nourris mais aussi éduqués et sensibilisés dans des écoles financées et coordonnées par des acteurs humanitaires. Ces dispositifs éducatifs « de secours » restent encore peu étudiés tant dans leurs forme institutionnelle que dans le contenu des savoirs qu’ils véhiculent. La vision dépolitisée et idéalisée de l’éducation sur laquelle ils se fondent, mais aussi la tendance de la recherche à se focaliser sur les seules logiques d’exception à l’œuvre dans les camps et à reproduire les frontières institutionnelles entre ce qui relève du développement et de l’humanitaire, ont en effet laissé peu de place à l’émergence d’une interrogation scientifique sur ces nouveaux territoires de l’éducation. Les écoles de réfugiés contribuant à la scolarisation d’un million d’enfants par le monde, dans des régions souvent instables, il nous semble pourtant capital de comprendre comment elles fonctionnent, quels objectifs leur sont assignés et quelles sortes d’adultes on y fabrique. Partant de ce constat, ce projet se propose d’ouvrir un champ de réflexion sur les usages sociaux des écoles au sein d’espaces d’exception. Il tâchera de répondre aux questions suivantes : Suivant quelles modalités, registres de légitimation et processus de catégorisation, des « écoles de réfugiés » sont-elles mises en place dans des espaces d’exception ? De quels objectifs sont-elles investies et comment ceux-ci s’incorporent-ils tant dans la forme institutionnelle de ces écoles que dans le contenu des pratiques pédagogiques ? Comment, enfin, ces écoles, et les projets qu’elles véhiculent, sont perçus et mobilisés par les élèves et leurs familles ? Pour y répondre, nous analyserons les écoles de réfugiés suivant trois dimensions - du point de vue de leur fonctionnement institutionnel, de leurs pratiques pédagogiques et de la place qu’elles occupent dans les parcours scolaires et les représentations des enfants réfugiés – et nous attacherons une attention spécifique aux projets de nature politique et identitaire qu’elles véhiculent. Nous nous baserons sur l’étude minutieuse de deux écoles de réfugiés, financées et coordonnées par le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR) dans deux camps de réfugiés congolais au Rwanda et en Tanzanie, ceci dans le but de comprendre comment les modèles globaux standardisés du secours éducatif sont influencés et remodelés par des contextes particuliers. Le choix des sites d’étude se justifie par la concentration du nombre d’écoles de réfugiés dans la région des Grands Lacs, l’absence quasi-totale de travaux effectués sur les Congolais réfugiés au Rwanda et en Tanzanie et des critères d’accessibilité et de faisabilité. Notre méthodologie sera qualitative, et combinera, en plus d’une analyse documentaire, entretiens d’experts et entretiens semi-directifs, observations de classes, analyse des programmes d’enseignement et méthodes participatives adaptées aux enfants. Cette recherche, qui s’inscrit dans une perspective anthropologique, entend contribuer aux débats contemporains qui traversent les forced migration studies et les sciences de l’éducation, en croisant deux phénomènes contemporains jusque là toujours étudiés séparément : la multiplication d’espaces d’exception de par le monde d’une part, et la globalisation du champ scolaire de l’autre. La mise en relation de ces deux phénomènes nous permettra de (i) nourrir les débats sur la nature des espaces humanitaires, en interrogeant la manière dont des logiques d’exception s’articulent avec des processus en apparence plus ordinaires tels que la scolarisation quotidienne de milliers de jeunes, (ii) de mettre en exergue la manière dont les acteurs humanitaires investissent le champ scolaire et participent aux remodelages plus larges que connaissent les systèmes éducatifs des pays du Sud, (iii) de produire de nouvelles connaissances sur les lieux concrets qui participent à la socialisation des jeunes dans les camps et à la construction de leur rapport à soi et aux autres. D’un point de vue social, interroger quelle sorte d’adultes les écoles de réfugiés contribuent à façonner, c’est aussi interroger le devenir de régions instables telles que la région des Grands Lacs.
   
Mots-clés humanitaire, éducation, école, Tanzanie, Rwanda, réfugiés,
   
Type de projet Recherche fondamentale
Domaine de recherche Ethnologie (Sciences de l'éducation)
Source de financement FNS - Encouragement de projets (Div. I-III)
Etat Terminé
Début de projet 1-9-2012
Fin du projet 31-8-2015
Budget alloué 360'990.00
Autre information http://p3.snf.ch/projects-140475#
Contact Marion Fresia